Basungi ou l’entraide au Congo
par par Nesrin Hannoun*

05 juillet 2003

BONN: La population congolaise aspire à des jours meilleurs en République démocratique du Congo (RDC) où la guerre est une véritable tragédie. Le programme des Volontaires des Nations Unies (VNU) œuvre à la paix et au développement du pays aux côtés des partenaires internationaux.

Parmi les 252 Volontaires des Nations Unies présents au Congo, 212 sont attachés à la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC) et 40 sont au service d’agences de l’ONU. Ces citoyens du globe, des professionnels venus de 64 pays, se sont portés volontaires pour aider, au Congo, dans les opérations de secours humanitaire, d’assistance aux personnes déplacées, de paix et de développement. Ils travaillent sans relâche aux côtés des Congolais pour leur rendre la vie meilleure. "Après le démantèlement des infrastructures et des services sociaux, le programme VNU est perçu ici comme une main qui aide, jour après jour, à survivre", dit Paulin Djomo, directeur de programme VNU à Kinshasa, capitale du Congo. "De toute évidence, a-t-il ajouté, il y a de par le monde des gens prêts à abandonner le luxe d’une vie facile et confortable, pour faire sacrifice de temps, de travail et d’argent : leur façon à eux de montrer qu’ils se sentent concernés."

La MONUC a mis sur pied avec des volontaires un programme sur long terme du nom de "Basungi", ce qui veut dire en la langue locale Lingala : "Ceux qui en aident d'autres". Plus de 80 Volontaires des Nations Unies en font partie. Ils viennent aider, après les heures normales de travail, la communauté congolaise du centre et de l’Est à renforcer les services de santé et l’éducation pour les orphelins. Ils prennent beaucoup de risques en empruntant les routes en très mauvais état des campagnes reculées, difficiles d’accès, où s’abattent parfois les pluies diluviennes.

A Kisangani, Basungi et ses 35 volontaires ont aidé les villageois à réparer et remettre en fonction l’ambulance de l'hôpital afin d’assurer le transport des urgences de province jusqu’à l’hôpital. A la maternité centrale de la ville, les femmes peuvent désormais accoucher dans des conditions d’hygiène adéquates, ce qui a simplifié le travail des cinq sages-femmes et dix infirmières du centre. La salle de la maternité a été rénovée et équipée avec 50 lits et matelas neufs, en plus du raccordement à l’eau et des moustiquaires fixés aux portes et aux fenêtres. Le docteur Soky Um-Lay, médecin en chef, reconnaît que les services fournis par Basungi sont de qualité. "Les volontaires, dit-il, sont estimés du personnel de la profession médicale, des femmes, et des habitants de Kisangani." Les femmes n’ont plus à faire des kilomètres de marche sur la route pour venir accoucher à l’hôpital et il n’y a plus de files d’attente interminables pour elles. "Le taux de mortalité infantile a diminué", souligne l’infirmière Gongwa Maguy. Cinq enfants naissent en moyenne au centre chaque jour. Les volontaires ont aussi repeint le bâtiment central de l’hôpital, réparé les portes et transformé une dépendance abandonnée en cuisine, avec l’argent de leur allocation journalière. Ils ont pris contact avec l'Organisation mondiale de la santé pour la livraison de médicaments. Au total, ce sont 500 000 personnes qui, à Kisangani et sa région, peuvent faire appel à ces nouveaux services.

A Goma dans l’Est, 11 Volontaires des Nations Unies offrent un appui bénévole à Basungi comme Nazar Abdulla. Outre ses consultations régulières au personnel de l’ONU, ce médecin originaire d’Irak a aidé à développer un programme de formation à l'utilisation de l’électrocardiographe (EKG) pour les jeunes médecins de garde de l'hôpital. "La plupart des médecins n’y avaient jamais touché", a dit le docteur Kasereka M. Lusi, chirurgien orthopédique de Goma. "Depuis qu’ils savent se servir de l’électrocardiographe, l’hôpital suit plus de malades que tout autre hôpital dans l’Est du Congo." Le directeur de l’école de médecine vient de décider d’intégrer une session de formation dans le programme d'études des étudiants en médecine. Ces derniers auront aussi l’occasion d’effectuer, sur Internet, des recherches sur la santé, le diagnostic et le traitement des maladies tropicales.

Au Congo, les rouages sociaux traditionnels se sont effondrés suite à la guerre, aux massacres, aux maladies et au déplacement des personnes. Les enfants sont obligés d’endosser des responsabilités d'adultes et de remplacer le chef de famille malade ou tout simplement mort. Ils sont de ce fait forcés de quitter l’école pour pouvoir assumer la lourde charge de veiller sur les leurs. Les volontaires se font un devoir de créer des conditions propices à l’éducation de ces enfants, comme par exemple fournir l’équipement scolaire.

Parce que leurs parents sont morts du sida, de nombreux enfants congolais à Kinshasa ont été privés d'instruction faute de pouvoir payer uniformes, chaussures ou fournitures scolaires. Les volontaires de Basungi ont lancé un programme d’activités pour rassembler des fonds et aider les familles et les organismes qui s’occupent de ces orphelins du virus. Ils ont également pu acheter des médicaments pour les enfants séropositifs en ville. Ces derniers ont mimé sur une scène de théâtre ce par quoi ils ont dû passer à cause de leur séropositivité: humiliation, rejet et amertume. Malgré tout, ils font encore confiance aux adultes comme aux volontaires de Basungi, n’aspirant qu’à reprendre une vie normale.

A Kindu, une ville de province à l’Est qui a peine à se remettre du conflit, les écoles manquent de personnel, d’équipement et d’argent. Les 15 Volontaires des Nations Unies de Basungi ont mobilisé la communauté, les autorités locales et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) pour rouvrir l'école maternelle de Mikelenge. Les enfants ont pu reprendre les cours dans les salles de classe remises en état et équipées de bancs, tableaux noirs, tables et chaises achetés avec un financement du bureau de pays MONUC/VNU. L’UNICEF a participé en fournissant du matériel éducatif distribué aux enfants par les Volontaires des Nations Unies lors d’une cérémonie avec le gouverneur et l'administrateur de la MONUC à Kindu. Les volontaires ont enrôlé les parents des 260 élèves de l’école dans les activités du projet pour qu’à leur tour ils mobilisent des personnes parmi la communauté afin d’effectuer des travaux de remise en état. Les volontaires de Kindu ont payé, avec leur argent, les salaires des instituteurs pour réduire la contribution financière des parents.

A Kalemie, une ville de l’Est proche du lac Tanganika, Basungi a financé la réhabilitation de l'école pour les enfants sourds-muets d'Ephaphata. Les 15 volontaires du secteur ont aidé un groupe local d'organisations non gouvernementales (ONG) à rouvrir l'école pour les enfants déplacés. Le programme VNU a accordé à son directeur de programme un financement pour l’achat de matériel et d’uniformes scolaires. La communauté a récolté des fonds en organisant une série d’événements sociaux comme un match de football entre enfants et joueurs pygméens d’une tribu locale. Les volontaires ont donné chacun 10 dollars pour payer les instituteurs, fournir l'eau et construire des latrines pour l'école.

"Grâce à Basungi le taux de participation à l’école a augmenté et la satisfaction se lit sur le visage des enfants", commente Paulin Djomo. "Ce projet a suscité l'intérêt chez le personnel de l’ONU qui prête main-forte au projet pour développer l’éducation. Toujours plus de personnes aident et la qualité du travail des professeurs d’école s’en ressent nettement."

* VNU Chargée d’information auprès des services de la condition féminine de la MONUC.

Le programme VNU est administré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)