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Bénévolat des Personnes Âgées

28 février 2002

New York, U.S.A.: « Les personnes âgées devraient être en mesure de rechercher et de faire fructifier les possibilités de rendre service à la collectivité et d'offrir bénévolement leurs services conformément à leurs intérêts et à leurs capacités »
(Principes des Nations Unies pour les personnes âgées, résolution 46/91 de l'Assemblée générale de l'ONU en date du 16 décembre 1991)

Pour les personnes âgées, le vieillissement s'accompagne généralement d'une évolution dans leur rôle socioéconomique. Dans certaines sociétés, il s'agit tantôt de passer d'un emploi formel et à plein temps à la retraite, tantôt de s'engager dans une occupation informelle à temps partiel. On considère bien souvent, par erreur, que ce passage consiste à abandonner un rôle productif pour un rôle non productif ou de dépendance. Or, la plupart des personnes âgées, loin de cesser de participer à la société, continuent de fournir un apport actif à leur ménage, à leurs descendants et à leur communauté ou à la société, encore que cette contribution ne soit pas nécessairement mesurable en termes monétaires. Au lieu de produire des biens et des services, elles peuvent fournir un produit socialement apprécié comme par exemple : aide psychosociale, encadrement, soins aux enfants, soutien aux pairs, soins d'accompagnement ou encadrement communautaire, action politique ou rôle de modèle. Ces activités non monétarisées ont parfois une grande valeur économique et humaine, mais elles sont en général passées sous silence.

L'expression « vieillissement productif » désigne la poursuite du rôle économique accompagnée toutefois d'un changement de nature. La retraite et le bénévolat, à un certain âge, vont bien plus loin que le vieillissement productif, étant donné que le « produit » n'est pas d'ordre matériel mais consiste plutôt en un apport de compétences de la vie transmises à d'autres générations. Le plus souvent, les études relatives au vieillissement se contentent d'effleurer l'évolution dans la participation des personnes âgées à la vie de la société et ignorent les trésors de connaissance, d'expérience et de sagesse qu'elles incarnent en servant de modèle pour les générations à venir. Cette lacune a de profondes répercussions sur l'élaboration d'une politique visant à encourager la participation la plus complète des personnes âgées à la vie de la société.

On peut envisager l'apport des personnes âgées à la société par le jeu du bénévolat au moins sous deux angles différents. Le point de vue traditionnel, axé sur les ressources, part de l'idée que, puisqu'elles constituent dans de nombreuses régions du monde le groupe de la population qui connaît la croissance la plus rapide, les personnes âgées représentent une ressource importante qu'il faut mettre en valeur. Non seulement les personnes âgées comblent les lacunes que l'État et le marché ne peuvent ou ne veulent combler, mais aussi de nombreuses organisations ne sauraient fonctionner sans la participation active des personnes âgées et de leurs compétences, de leurs réseaux et de leur savoir. Dans de nombreux pays en développement, les personnes âgées jouent un rôle central, non seulement dans les ménages mais aussi et surtout au niveau communautaire. Les cultures traditionnelles ont sauvegardé le rôle important des anciens; on les consulte pour prendre des décisions, on leur demande conseil et on fait appel à leur sagesse. La société moderne semble avoir sacrifié l'accumulation d'expériences et de connaissances sur l'autel de la technologie de pointe, de la jeunesse et des critères matérialistes. C'est la méconnaissance de cet apport qui a créé le cliché de personnes âgées improductives, dépendantes et en proie à un déclin irréversible. Il faut briser ce mythe, car les personnes âgées d'aujourd'hui sont actives, en bonne santé et indépendantes beaucoup plus longtemps qu'auparavant.

L'idée de la valeur des contributions des personnes âgées est complétée depuis quelques années par l'approche des avantages qui considère l'action volontaire ou bénévolat comme un moyen de lutter contre la marginalisation, d'aider les personnes âgées à conserver le respect de soi et le sentiment de l'utilité de leur existence tout en favorisant des styles de vie sains et l'indépendance. Cette approche est également un facteur de cohérence sociale et inculque à la société le respect de la dimension humaine et de la fin de la vie, y compris la mort. Cette école de pensée a reçu un élan dynamique grâce à une déclaration historique sur le bénévolat inscrite dans le document final de la session extraordinaire de juin 2000 de l'Assemblée générale de l'ONU consacrée au suivi du Sommet mondial pour le développement social et au-delà .

L'idée fondamentale est que toute action bénévole repose sur la réciprocité, immédiate ou non. Les jeunes qui pratiquent le volontariat trouvent un emploi plus facilement, les adultes occupant un emploi gagnent en considération dans la société grâce au volontariat, tandis que le lien entre volontariat et longévité dans le cas des personnes âgées est désormais démontré de manière empirique. Les personnes âgées vivent plus longtemps, vieillissent plus longtemps, sont en meilleure santé et sont plus instruites que jamais. Bien souvent, les personnes qui sont capables d'aider les autres peuvent s'attendre à être bien accueillies si elles ont elles-mêmes besoin d'aide. L'aspect « assurance » du volontariat est particulièrement courant dans les pays en développement, où le bénévolat prend souvent la forme d'entraide et d'autoassistance. Vu sous cet angle, le volontariat devient un premier rempart contre la pauvreté et la vulnérabilité, non seulement en aidant les personnes âgées à gérer leurs risques et à promouvoir leur développement, mais aussi en jouant un rôle quant à leur impact sur les générations à venir. Ainsi, les répercussions de l'exclusion des personnes âgées et en particulier des moins favorisées d'entre elles, apparaissent plus clairement. Actuellement, quatre ou cinq générations vivent en même temps, dont deux à l'âge de la retraite. Il s'agit d'un phénomène sans précédent dans l'histoire, qui donne un sens nouveau au volontariat d'une génération à l'autre. La grande proportion de femmes parmi les personnes âgés apporte également un nouvel aspect : les femmes âgées, qui ont pratiqué toute leur vie, au niveau familial et dans la communauté, le volontariat de manière naturelle et sans que cette activité soit reconnue comme telle, sont très actives en avançant en âge, sans toutefois que la société reconnaisse leur mérite, les encourage ou qu'elles-mêmes se constituent efficacement en réseau.

Les personnes âgées qui cherchent à pratiquer le volontariat se heurtent à de nombreux obstacles. Dans le cadre du volontariat structuré, elles se heurtent souvent à une discrimination sous forme d'« âgisme » et, d'une manière générale, aux préjugés des organismes susceptibles de les utiliser, ce qui les condamne à travailler avec d'autres personnes âgées ou à réduire complètement leur participation. Elles sont également victimes de restrictions dans l'accès à l'information au sujet des possibilités de volontariat et de difficultés liées à l'accès matériel à ces possibilités, pour des raisons économiques ou autres. De surcroît, étant donné que les personnes âgées sont perçues comme des bénéficiaires passives de l'aide au lieu d'être considérées comme des personnes qui résolvent leurs propres problèmes ainsi que ceux de la communauté, leurs propres initiatives ou celles qu'elles gèrent sont bien souvent privées de ressources. On commence seulement à apprécier les dividendes potentiels de la mise en place des infrastructures sociales et du financement de l'appui mutuel et d'autres programmes permettant aux personnes âgées de conjuguer leurs efforts, de planifier ensemble, avec et pour les autres générations, et de s'associer avec des organismes extérieurs (notamment pour ce qui est de chercher un emploi ou de trouver du crédit).

La trente-neuvième session de la Commission du développement social, tenue en février 2001, et la cinquante-sixième session de l'Assemblée générale de l'ONU, en décembre 2001, ont toutes deux examiné par quels moyens l'État et le système des Nations Unies peuvent soutenir le volontariat. Au cours du débat général de ces deux instances, plusieurs gouvernements ont souligné la nécessité de prendre en compte les préoccupations des personnes âgées et la contribution qu'elles peuvent apporter à la société grâce au volontariat. On a également fait valoir que cette question devait occuper une place plus importante lors de l'Assemblée mondiale sur le vieillissement. Dans la résolution relative au volontariat qu'elle a adoptée à sa cinquante-sixième session, l'Assemblée générale a souligné la nécessité de mettre tous les moyens en œuvre pour permettre aux personnes âgées de prendre part à des activités de bénévolat.

Il faut s'employer activement à valoriser explicitement l'apport économique, social et moral des personnes âgées à leur communauté et à leur pays. Ce n'est qu'ainsi que les gouvernements et les autres acteurs du développement pourront opérer les bons choix dans leur stratégie de lutte contre la pauvreté, l'exclusion, les conflits et la discrimination, si l'on veut que les politiques s'adressent à tous en préservant une société pour tous les âges et pour toutes les générations. Grâce au volontariat et aux contacts sociaux, les personnes âgées restent en outre plus actives et en meilleure santé physique, mentale, sociale et spirituelle, ce qui ne peut que profiter à l'ensemble de la société. Leur apport déborde largement un rôle social. Elles peuvent également à l'avenir défendre les grandes causes de l'ONU telles que les droits de l'homme, la protection de l'environnement, la santé et la paix. En léguant à leurs descendants une « mémoire » de haine ou de paix, elles peuvent déterminer la manière dont le conflit est perçu par leur famille, leur société et leur pays.

La deuxième Assemblée mondiale consacrée au vieillissement offre une excellente occasion de souligner les avantages mutuels pour les personnes âgées qui peuvent découler du volontariat et de rechercher les moyens de créer un environnement qui permette aux personnes âgées de rester actives grâce à cette forme d'engagement citoyen.

Le programme VNU est administré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)