Contre le VIH/sida

05 décembre 2002

BONN: Stacey Feona Wilson sait mieux que personne que l'indifférence accable les personnes qui souffrent de la maladie du sida ou celles vivant avec le virus de l'immunodéficience humaine (VIH/sida). La jeune femme est mère séropositive d'une fillette de 9 ans et Volontaire des Nations Unies (VNU) dans son pays en Guyane. "Ma participation comme VNU dans la lutte contre le sida m'a aidée à assumer ma séropositivité, dit-elle. Le comportement de ma fille, qui se montre compréhensive et tolérante, m'aide aussi beaucoup". Depuis l'an 2000, une cinquantaine de VNU séropositifs ont affronté et affrontent encore la discrimination et l'injustice par rapport à tout ce qui a trait au sida dans les Caraïbes. A Cuba, en Guyane, à Haïti, en Jamaïque, en République dominicaine, au Suriname et à la Trinité-et-Tobago, ils sont présents partout dans les réseaux de personnes séropositives qui apprennent à cesser de dissimuler leur statut sérologique par peur de conséquences personnelles, sociales et professionnelles.

Les réseaux antisida aux Caraïbes fonctionnent comme en Afrique où ils sont nés de la coopération du programme VNU avec ONUSIDA, le programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida. "Nous cherchons à provoquer un changement d'attitude chez les séropositifs pour les amener à faire cause commune avec nos volontaires contre la propagation du virus", explique Ainsley Reid, directeur et co-fondateur du Réseau jamaïcain de personnes vivant avec le virus du sida. Le Jamaïcain a servi comme VNU dans son pays. Il vit avec le virus depuis 1992.

Dans cette région au taux d'infection le plus élevé des Amériques, deuxième du monde après l'Afrique subsaharienne, les VNU mènent campagne de front contre la pandémie auprès des institutions à tous les niveaux, depuis le village jusqu'à la nation. Prenant part aussi à la délégation officielle de leurs pays à l'Assemblée générale des Nations Unies sur le sida, ils se battent pour que le problème et son ampleur soient reconnus publiquement et que des lois soient votées donnant le droit aux séropositifs, sans distinction, à accéder à des services en réponse à l'épidémie. "Je suis heureux de constater que les jeunes que j'ai mobilisés pendant mon service avec le programme VNU continuent de participer activement aux réseaux de lutte contre le sida. Quelques-uns conduisent des groupes d'auto-assistance pour séropositifs", dit Ainsley Reid.

Les réseaux antisida ont pour effet des changements de comportement favorables à la prévention chez les séropositifs qui jusqu'à présent n'avaient guère la chance de partager l'information, les expériences, les conseils ou même les contacts. "Nous devons nous assurer que ces forums d'échange donnent facilement accès aux jeunes et aux femmes classés dans la catégorie des vulnérables", commente Angélique Sanchez du Suriname. Dans son pays, la VNU et ses collègues ont rencontré des patrons d'entreprises, leurs directeurs, personnels et ouvriers à qui ils ont parlé de prévention du sida et de la condition des personnes vivant avec le virus. Leur campagne, "Le sida dans le monde du travail", a marqué le début de la formation de juristes pour plaider les droits des personnes infectées par le virus.

Chaque jour, les volontaires affrontent la réalité préoccupante de l'épidémie, le stigmate social profond de la maladie, des conditions socio-économiques difficiles, le manque de ressources, le bas niveau d'alphabétisme et l'exclusion sociale. Ils visitent les malades et leurs familles, donnent des conseils aux infirmiers et sages-femmes dans les hôpitaux, forment le personnel non habitué au traitement des malades.

Le Réseau des Caraïbes innove la dimension régionale des réseaux de lutte antisida. Ayant son siège à la Trinité-et-Tobago, il profite des liens culturels et de la proximité géographique pour unir l'ensemble des pays des Caraïbes dans un vaste espace où la migration est importante et le risque d'infection élevé. L'initiative UNITeS, gérée par le programme VNU, a mobilisé le VNU Harish Raja pour renforcer ce réseau régional qui compte réduire l'épidémie à court terme, puis à plus long terme. "Je forme des séropositifs, dit-il, aux nouvelles technologies d'information et de communication pour l'établissement de futurs réseaux de contact entre séropositifs de mêmes pays ou de la région". En poste à la Trinité, le VNU originaire de l'Inde démontre en connectant les séropositifs qu'il est possible d'unir dans la lutte contre le sida, justice, humanité et efficacité.

Le programme VNU est administré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)