Volontariat signifie partage

Jane Story lors d’un atelier dans la province d’Isabel, aux îles salomons.(Photo:VNU)Jane Story lors d’un atelier dans la province d’Isabel, aux îles salomons.(Photo:VNU)
25 juillet 2006

Jane Story est originaire de l’Ontario au Canada et a servi en tant que Volontaire des Nations Unies aux îles Salomons où elle a travaillé en post-conflit et communications dans le cadre du Programme de Développement des Nations Unies (PNUD). En juin 2006, elle a terminé sa mission de six mois qui était financée par le fonds en fidéicommis du programme VNU et de Canada Corps.

Un des meilleurs aspects d’être une Canadienne dans le Pacifique Sud est de pouvoir raconter de fantastiques histoires sur l’hiver. Chauffeurs de taxi, voisins et mes collègues aux Nations Unies des îles Salomons, où j’étais postée en tant que volontaire du programme des Volontaires des Nations Unies (VNU), écoutaient avec une incrédulité émerveillée quand je décrivais comment, dans le nord de l’Ontario d’où je suis originaire, les gens faisaient des trous dans la glace d’un lac gelé pour pêcher, assis sur de vieux sièges de voiture dans de petites huttes. Ou lorsque je leur racontais comment leurs cheveux risquaient de geler s’ils étaient assez bêtes pour s’aventurer dehors après une douche.

Mais bien que le climat au Canada soit radicalement différent de celui des Salomons, situées non loin de l’équateur, nous partagions la même inquiétude au sujet de certaines conditions climatiques. Alors que je leur parlais de la fonte du permafrost de l’Arctique dû au réchauffement de la planète, ils me parlèrent de la montée du niveau de la mer, de l’inondation des jardins, dont les gens dépendent pour tirer toute leur nourriture. De même que les Inuits du Canada vont sûrement bientôt devoir déplacer leurs foyers et abandonner leurs traditionnels terrains de chasse, les habitants des Salomons vont se trouver confrontés à de futures évacuations, ce qui causera sûrement de graves bouleversements sociaux dans un pays où toutes les terres appartiennent à la tribu, et où il n’existe pas de propriété publique où reloger les populations déplacées.

Le monde est petit; mais c’est un monde que je partage avec les habitants des Salomons malgré la longue distance entre nos pays et les différences culturelles.

L’autre bon aspect d’être une Canadienne dans les îles Salomons est qu’au lieu de devoir faire la distinction que je ne suis pas américaine, il me fallait faire la distinction de n’être pas australienne, car ils sont en bon nombre ici. Et dieu merci pour cela, car lorsque les émeutes ont éclaté au printemps dernier après l’élection d’un premier ministre impopulaire, et que la moitié de la ville avait été réduite en cendres, ce furent les Australiens qui envoyèrent des troupes pour étouffer les troubles.

Les forces militaires, australiennes ou autres, étaient déjà dans la région, suite aux “Tensions”, comme on les appelle ici - des années de troubles sociaux résultant des disparités dans le développement et la migration qui s’ensuivit des différentes tribus ethniques vers l’île principale, Guadalcanal, qui fut un important lieu de batailles durant la deuxième guerre mondiale.

C’était à cause de ce conflit que j’étais postée ici en volontaire pour le programme VNU afin de travailler avec le PNUD en tant que co-ordinatrice des ressources post-conflit et officier de la communication. Ici, les Nations Unies mettent principalement l’accent sur le gouvernement et j’ai pris part à un nombre de projets conçus pour améliorer la performance des parlements à la fois nationaux et provinciaux.

Lors d’un de ces projets, il fallait organiser l’intervention d’observateurs pour surveiller les élections nationales, les premières depuis que des forces étrangères étaient intervenues trois ans auparavant. Ce fut une véritable entrée en matière des îles Salomons, alors que je rassemblais et préparais des informations pour les observateurs internationaux présents dans le pays, sur son peuple, sa géographie, son système politique et son histoire. Je passai du temps à interviewer beaucoup des observateurs, toutes d’éminentes personnes, dont un sénateur australien, un lord britannique et un ancien premier ministre. J’écrivais ensuite mes “observations de l’observation” pour les publier afin de promouvoir le travail du PNUD. Les observateurs étaient de véritables hommes de troupe, dévoués à la démocratie et la paix de la région, et je fus ravie de revoir d’anciennes connaissances de Papouasie-Nouvelle Guinée où j’avais passé deux ans en tant que bénévole canadienne.

Suite aux élections, et à la démission du premier ministre qui avait causé les protestations, je pris part au stage d’introduction des nouveaux parlementaires qui, à cause de l’échec de tant de politiciens à se faire ré-élire, occupaient la moitié des sièges. Cette introduction fut un véritable apprentissage pour moi alors que j’écoutais les discussions concernant la façon dont le système de Westminster, le même qu’au Canada, était appliqué à une société ancienne dotée de longue date de ses propres systèmes de réciprocité, d’obligations de parenté et leur choix de ”grands hommes”.

Les différences culturelles ne furent pas le seul défi auquel je dus faire face: le manque de ressources était également considérable. Lors d’un atelier auquel j’étais affectée, portant sur comment écrire pour les médias destiné à des fonctionnaires provinciaux, je fus déconcertée et dus rapidement m’adapter quand je découvris que les gens de cette île isolée n’avaient ni journaux, ni télévision, ni internet et ne pouvaient qu’occasionnellement capter des émissions de radio.

Mais les gens peuvent parler et raconter leurs histoires et peut-être que le bénéfice le plus durable d’une Canadienne s’étant portée volontaire pour travailler à l’étranger avec les Nations Unies est gagné par les bavardages amicaux et les conversations intéressantes qu’elle a eu avec des gens qui, bien qu’à l’autre bout du monde, ont néanmoins tant en commun. Cela devrait surtout être ça, la mondialisation.

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