Maghet : une vallée naturellement protégée
par Mohamed Tambo

A Maghet, une vallée perdue dans les massifs du mont Tamagak,
les gens n'abattent les arbres, selon une légende touareg.A Maghet, une vallée perdue dans les massifs du mont Tamagak, les gens n'abattent les arbres, selon une légende touareg. Mohamed Tambo, volontaire VNU au Niger. (Programme VNU)Mohamed Tambo, volontaire VNU au Niger. (Programme VNU)
24 novembre 2009

Maghet est une vallée perdue dans les massifs du mont Tamagak au Niger. Protégée du vent par l’imposante montagne, en saison des pluies, elle reçoit les eaux de ruissellement qui dévalent des hautes collines qui l’entourent. La végétation y est dense et variée. Sa situation privilégiée en fait l’une des plus belles vallées de l’Aïr. La faune et la flore y prospèrent bien.

Les éleveurs y conduisent leurs troupeaux pour profiter du pâturage qui est riche et fécond. Mais pour profiter des avantages offerts par la belle vallée, il faut respecter certaines règles. A Maghet il est interdit de couper les arbres, de les mutiler ou de les secouer pour en faire tomber les fruits. Ceux-ci doivent être cueillis à la main ou ramassés, lorsque mûrs, ils sont tombés à terre. Celui qui essaye de transgresser ces lois est toujours puni.

En coupant un arbre, l’auteur du forfait se donne un coup de hache qui le blesse. La mésaventure se répète chaque fois qu’on recommence. Blessé de plus en plus gravement, le contrevenant renonce à la coupe. S’il secoue les branches d’un arbre, il reçoit une pierre ou une branche cassée sur la tête. Les incorrigibles qui continuent leur sale besogne, malgré les avertissements, reçoivent une magistrale recalée de cravache administrée par une main mystérieuse.

Les justiciers sont invisibles mais implacables et décidés à défendre la belle vallée coûte que coûte. Les populations de la région connaissent bien ces règles. Ils les respectent et vivent des jours heureux avec les avantages qu’offre une nature féconde.

A Maghet c’est la trêve éternelle, car même les animaux sauvages ne font aucun mal aux hommes. Les chacals ne s’attaquent pas aux chèvres et aux moutons. Ils ont l’air d’y venir seulement pour se reposer. On retrouve ces animaux sains et saufs après plusieurs jours passés dans la nature en voisinage vivant calmement avec toutes sortes de fauves.

Un jour un détachement militaire des célèbres groupements méharistes fit escale à Maghet. Ces militaires se déplaçant à chameaux, trouvèrent l’endroit propice au repos des hommes et des bêtes. Le chef ordonna d’y camper quelques jours. Aussitôt le guide l’informa des règles à respecter. Le chef ricana : «  Ha !ha ! J’en ai assez des ces balivernes ». Il ne croyait mot de ce que racontent ces autochtones superstitieux.

Il ordonna de couper les branches des arbres les plus chargées pour nourrir les chameaux du peloton. Les goumiers s’armèrent de haches et s’exécutèrent à la militaire. Ils envahirent la vallée et donnèrent l’assaut aux arbres : des branches tombèrent. Aussitôt de réels coups de cravache claquèrent invisibles mais très douloureux sur les chameaux. Les chameaux affolés cassèrent leurs entraves et se sauvèrent dans tous les sens. Une pagaille indescriptible s’installa quelques instants dans le camp envahis par les chameaux devenus subitement fous. Les coups de cravache redoublèrent secs et violents dans un bruit assourdissant. Des hommes aussi en eurent leur part. Des tentes furent emportées par les chameaux en furie. Dépassé par la tournure que prenaient les évènements, le chef ne contrôlait plus la situation. Dès que le calme fut revenu, le chef ordonna de lever le camp. Par la suite il regretta de ne pas avoir tenu compte des propos du guide, et de ne pas avoir profité du calme de la charmante vallée protégée.

De nos jours Maghet conserve tout son charme de vallée naturellement protégée. Les éleveurs qui la fréquentent respectent toujours les règles d’antan. Les adeptes du rationnel se demandent toujours comment cela est possible. Qui sont les écologistes protecteurs de Maghet ?

Ceux qui connaissent la tradition expliquent que jadis Maghet étaient habitée par de savants philosophes. Ils aimaient le calme et la sérénité que leur procurait cette vallée. C’était un lieu de recueillement et de méditation pour eux. Ils ont consacré beaucoup d’énergie intellectuelle pour la protection naturelle de la vallée.

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