Le Chef du BINUB : « Il faut une solidarité de citoyen à l’échelle mondiale »
par Mario Rizzolio

Youssef Mahmoud (centre), Chef du BINUB pour le maintien de la paix au Burundi. (Mai 2007)Youssef Mahmoud (centre), Chef du BINUB pour le maintien de la paix au Burundi. (Mai 2007)
25 mai 2007

Youssef Mahmoud est aussi Coordinateur résident, Coordinateur de l’action humanitaire et Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) au Burundi. Avant de commencer à travailler pour les Nations Unies en 1981, Youssef Mahmoud a été Professeur assistant de linguistique a l’université de Tunis et Président du département d’anglais de l’institut Bourguiba des langues modernes à Tunis. Cet homme travailleur, pour qui le «volontariat est une façon de vivre » nous révèle son expérience en tant que volontaire mais aussi la signification qu’il donne au terme et à l’importance du volontariat.


Q : On chiffre à 10 milliards de dollars des E.-U. la valeur totale du soutien apporté par les volontaires – somme hors de la portée des gouvernements ou des organisations internationales et nationales. A la lumière de ces chiffres et de votre expérience de volontaire, le volontariat est-il, à votre avis, un moteur du changement.

R : Ma réponse est catégoriquement oui. Le volontariat est un effort catalytique, un partenariat entre citoyens en demande d’aide, entre le gouvernement, les ONG et les organisations internationales. Les gouvernements ne peuvent pas tout faire, les agences de l’ONU non plus. Il faut donc qu’il y ait une solidarité de citoyen à l’échelle mondiale. Le programme des Volontaires des Nations Unies cherche à promouvoir cette citoyenneté. Un citoyen a des responsabilités, mais il n’a pas toujours les moyens d’assumer ces responsabilités. Les volontaires sont là pour lui donner ce coup de main. Devenir volontaire n’est plus une question de solidarité nationale, mais d’appartenance à la communauté humaine. Pour des actions bien ciblées comme en 2000 la campagne menée avec dix millions de volontaires qui ont aidé à vacciner 550 millions d’enfants dans le cadre de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio, on a besoin de gens qui peuvent être immédiatement mobilisables pour faire le premier pas. Il y a des volontaires comme vous et moi, il y a des acteurs qui sont des personnalités importantes dans leurs pays. Tous, nous utilisons notre capital pour réaliser, engendrer une action. La campagne de vaccination est une excellente illustration de l’effort et du résultat que le volontariat peut générer dans des domaines bien spécifiques dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement.

Q : Quelle a été votre expérience de volontaire?

R : Laissez-moi d’abord vous dire ce qu’est le volontariat pour moi. Volontariat veut dire être au service d’autrui. Cela veut dire échange, donner à quelqu’un d’autre ce qu’on a et ce qu’on a pas. Pour moi, c’est une façon de vivre, de créer une relation avec un autre être humain qui est dans le besoin. C’est donc servir, échanger, donner de soi pour contribuer au bien-être de l’autre.

Ma première expérience est au sein de ma famille. Je suis l’aîné de neuf enfants et il a fallu que j’insuffle le sens de l’entraide et du volontariat à mes frères et sœurs, si non rien ne se ferait. Mes parents sont illettrés, ils n’avaient pas de travail, ils n’étaient pas aisés. Il fallait se porter volontaire pour s’assurer qu’on ait de quoi manger. Il fallait donc instaurer dans la maison « un volontariat à tour de rôle ». Au début, c’était obligé et puis, petit à petit, nous avons compris que c’était une façon de subvenir à nos besoins. C’est quelque chose que la nécessité a inculqué dans mon esprit et celui de mes frères et sœurs depuis notre plus jeune âge. Ce n’était pas un choix, c’était une nécessité d’abord.

Après mes études secondaires, j’ai été appelé à enseigner comme volontaire dans des villages isolés qui n’avaient pas de maître d’école. Pendant l’été, je me portais volontaire pour enseigner dans ces écoles et pour aider ces communautés à se rattraper a cause de l’absence répétée de leurs enseignants ou l’inexistence d’enseignants qualifiés.

Une autre expérience personnelle, me vient de ma passion pour l’Origami, l’art de plier le papier. Lorsque j’habitais à New York, mes enfants et moi nous sommes portés volontaires pour aller dans les écoles enseigner l’Origami aux étudiants de Harlem qui n’avaient pas les moyens de s’offrir une activité extra-scolaire ou qui ne savaient pas quoi faire de leur temps. Les violences sont souvent présentes au quotidien dans les familles de ces enfants. Leurs parents n’étant pas en mesure de leur apporter une certaine stabilité, nous nous sommes portés volontaires pour apprendre à ces enfants à coopérer et à interagir de façon non-violente en faisant quelque chose de beau et de tridimensionnel d’un petit papier plat.

Comment le volontariat est-il perçu en Tunisie?


Le volontariat en Tunisie est pratiquement une politique nationale. Un exemple : le gouvernement actuel a créé un Fonds de Solidarité Nationale, le 26-26, pour intervenir dans les zones d’ombre, c'est-à-dire les villages et les communautés qui n’ont pas accès à l’eau et à l’électricité. Ce fond recueillait des dons des citoyens ou des entreprises publiques ou privées. Chaque citoyen est appelé à contribuer selon ses moyens pour permettre a ceux qui n’ont ni eau ni électricité d’en avoir. Grâce à ce fonds, il n’existe pratiquement plus aucune zone d’ombre. Ces pauvres sont aujourd’hui des consommateurs. Il payent l’eau pour irriguer leurs cultures, cultures qui leur permettent de générer un revenu et payer leurs factures d’eau et électricité.

Le programme VNU est administré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)