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Bienvenue à l’hôtel Congo…
par Eloïse Vilain
25 mai 2007 Ce jeudi, le personnel arrive au boulot comme à son habitude aux alentours des huit heures du matin. Ce qui est moins habituel par contre, ce sont les messages de sécurité qui, toutes les demi-heures débarquent dans nos boîtes mails, nous conseillant vivement d’éviter certains quartiers en ville. A vrai dire, une certaine tension était palpable depuis le 15 mars, date de l’ultimatum donné à Bemba pour désarmer ses milices. Ce processus devait se dérouler de manière pacifique… Je commence ma journée par une prise de vues dans le bureau des chauffeurs. La rédactrice en chef du magazine « Bulletin » du Programme des Nations Unies pour le développement à New York avait demandé à l’Unité de Communication d’écrire un article pour leur rubrique « Une journée dans la vie de… ». Je ne pouvais pas imaginer à ce moment là que David, un des chauffeurs, allait me donner, deux heures plus tard, la frayeur de ma vie ! Après la prise de vues, David, me conduit au bureau d’Air France, situé dans l’enceinte de l’hôtel Memling. Une foule de gens attendent patiemment leur tour. J’allais enfin pouvoir être servie. C’est à ce moment précis que David vient littéralement m’arracher de mon siège: «Madame, nous devons partir MAINTENANT ! ”. “Restez où vous êtes !” <psonormal></psonormal> <psonormal></psonormal>J’obtempère sans même comprendre ce qui m’arrive. Son regard est tellement sérieux que toute explication paraît inutile. A la sortie de l’hôtel, un pick-up rempli de policiers armés jusqu’aux dents arrive en trombe. Visiblement, quelque chose ne tourne pas rond. David et moi nous ruons vers la voiture garée à quelques mètres de là. “A tout le personnel, restez où vous êtes !” La radio répète ce message en boucle. Cependant, lorsque l’on est au beau milieu de gens qui courent dans tous les sens comme des lapins traqués et qu’on entend des tirs provenant de directions inconnues, on veut tout, sauf rester au même endroit. Rouler à vive allure et à contre courant d’une foule apeurée qui fuit les combats reste, à ce jour, l’expérience la plus effrayante de ma vie. Finalement, David parvient à nous ramener sains et saufs au QG. Certains collègues, moins chanceux, n’auront pas d’autre choix que de rester là où les combats les ont trouvés, souvent dans des lieux nettement moins sécurisés. Le matin suivant, Ferdinand, un chauffeur entre dans mon bureau. Il pose devant mes yeux le titre à la Une d’un quotidien kinois : “Ce qui nous unit dépasse ce qui nous sépare”. « Est-ce vrai, madame ? » me demande-t-il. Le lendemain, de violents combats éclatent dans les rues de Kinshasa, apportant une réponse bien amère à sa question. Les hostilités commencent vers midi. A ce moment précis, 300 personnes sont présentes à Losonia, un bâtiment de dix étages qui abrite le siège du PNUD et d’autres agences onusiennes. Les consignes de sécurité stipulent qu’il faut trouver refuge au rez-de-chaussée ou au premier étage, mais vu le nombre élevé de personnes, il n’y a pas d’autre choix que de s’éparpiller sur plusieurs niveaux. Les endroits les plus sûrs du bâtiment se situent près des ascenseurs, un espace restreint de plus ou moins 6 mètres carrés, entouré d’épais murs en béton, à une bonne distance des fenêtres et fermé par des portes blindées que nous ne pensons même pas utiliser tant nous sommes stressés. De toute façon, comme seulement six à huit privilégiés peuvent prendre place dans ce bunker improvisé, personne n’aurait voulu se désolidariser des collègues des pièces voisines. |
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