Rétablir la pêche au Timor oriental

06 août 2002

BONN: A seulement quelques mètres de la plage de Dili, capitale du Timor oriental, des pêcheurs ont peine à tirer leurs filets hors de l'eau. "La prise n'est pas bonne à cause de l'orage de la nuit dernière", dit Francisco Soares, "mais dans l'ensemble nous sommes satisfaits - et c'est grâce à Raymundo et Horacio qui nous ont aidé à reprendre les activités." Les deux Volontaires des Nations Unies, Raymundo Cawaling des Philippines et Horacio Dos Santos Guterres du Timor oriental, ont organisé la grande distribution de filets de pêche offerts par plusieurs gouvernements l'an dernier.

"On estime à 20 000 le nombre de marins pêcheurs sur 600 km de littoral" dit Richard Mounsey qui dirige la Direction ministérielle de la Pêche et de l'Environnement Marin (DPEM) depuis fin 1999. "Nous sommes partis de rien", dit le directeur australien. Quatre-vingt-dix pour cent de la flotte et des attirails de pêche avaient été détruits pendant les violents affrontements entre partisans de l'indépendance et opposants, après la consultation populaire organisée par l'ONU le 30 août 1999. Les Timorais, dans leur majorité, s'étaient prononcés pour l'indépendance.

"Le plus urgent a été de trouver une équipe", se rappelle le directeur. L'unité d'appui du programme VNU de Dili lui a fourni cinq experts: un constructeur naval, un mécanicien, un informaticien, un commandant de pêche et un aquaculteur pour l'élevage de poisson commercial. Les VNU ont récupéré des filets de pêche et des moteurs de bateaux pour les Timorais. La production de pêche a retrouvé 60% de son niveau de 1997 (1 600 tonnes par an) et les volontaires ont formé 18 fonctionnaires au Ministère de la pêche et de l'agriculture qui, dans son plan d'urgence, a inscrit l'aquaculture, spécialité des VNU Raymundo et Horacio. Ces derniers ont rétabli trois sites d'élevage pour produire plus de 5 000 jeunes carpes. Elles ont été distribuées aux riziculteurs dans les 13 provinces du Timor oriental qui ont reçu une formation piscicole.

L'élevage de la carpe en rizière rend celle-ci résistante à la malaria. Ceci ressort du rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dont l'étude est basée sur les travaux de la DPEM. Environ 130 000 cas de malaria sont recensés chaque année au Timor oriental. "La rizière est l'endroit propice à la reproduction du moustique de la malaria pendant la saison des pluies", dit Horacio qui appelle à un financement du programme tandis que l'OMS invite à une coopération entre agences de l'ONU.

Avec seulement 20 employés (15% du personnel d'avant 1999 sous administration indonésienne) la DPEM rédigera une législation sur la mer bonne pour l'environnement et les besoins des insulaires. Le Timor indépendant a élargi son parage de pêche et le chef de la DPEM Richard Mounsey reste dans l'île pour attirer les compagnies étrangères et "établir un secteur privé rentable respectant la mer et ses ressources". IL faut renoncer à exploiter outre mesure et à pêcher à l'aide de petits engins explosifs et de substances toxiques. Les Timorais apprendront à conserver le poisson frais dans de la glace. Des parcs aquatiques seront installés en mer ou dans l'île pour encourager le public à protéger l'environnement. La DPEM espère disposer d'un budget suffisant pour ce faire.

Le projet aquacole des VNU Horacio et Raymundo s'inscrit dans le plan quinquennal prévu par le Gouvernement pour développer l'économie, notamment l'industrie de la pêche et ses exportations, et créer des emplois. Horacio espère que les fonds suffiront pour acheter le poisson jeune et en assurer la distribution aux producteurs. "Nous devons prendre en mains les affaires du pays", dit-il en exprimant sa reconnaissance à Raymundo et aux autres nombreux qui ont apporté leur expertise professionnelle. "Il ne reste plus qu'à espérer l'appui de la communauté internationale pour ces années à venir", conclut-il.

Le programme VNU est administré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)