Le projet GIPA* au Cambodge

21 décembre 2005

Phnom Penh, Cambodge: Au Cambodge le Gouvernement a institué un programme national de lutte contre le sida dont la particularité est de reconnaître le principe selon lequel les besoins des populations vivant avec le VIH/sida sont le mieux compris par les personnes qui sont atteintes du virus.

"J’ai appris ma séropositivité le 13 août 1998 après avoir fait le test de dépistage du VIH/sida dans une clinique privée, sans consultation au préalable ni suivi médical par la suite. Le choc a été terrible. Pris de panique, je me suis enfermé chez moi pour cacher ma séropositivité. J’étais complètement isolé. Ma dernière tentative de suicide m’a conduit à l’hôpital Calmette de Phnom Penh où j’ai eu mon premier contact avec des personnes vivant avec le VIH/sida. J’avais perdu l’espoir, mais grâce à elle j’ai retrouvé l’envie de vivre." Ce témoignage est celui du jeune Cambodgien Sotheariddh Sorn qui vit avec le VIH depuis l’âge de 25 ans. Sorti de l’hôpital, Sotheariddh a maintenu le contact avec des personnes vivant avec le VIH/sida. En 2003, leur nombre a été estimé à 170 000 parmi les 13,3 millions de personnes qui forment la population du Cambodge.

Face à cette situation, le Gouvernement a institué un programme national de lutte contre le sida dont la particularité est de reconnaître le principe selon lequel les besoins des populations vivant avec le VIH/sida sont le mieux compris par les personnes qui en sont atteintes. Ce principe est né du Sommet sur le sida à Paris en 1994. A l’époque, en France, 42 chefs d’Etat s’étaient engagés à former des associations puissantes entre leurs institutions et les personnes vivant avec le VIH/sida afin d’assurer une action nationale efficace pour lutter contre l’épidémie et donner à celle-ci un visage humain dans l’esprit de ceux qui ne sont pas directement affectés par le virus ou la maladie. Depuis 2002, le Gouvernement cambodgien encourage chez lui l’initiative GIPA pour une plus grande participation des personnes vivant avec le VIH/sida.

En 2001, la Déclaration d'engagement des Nations Unies sur le VIH/sida a adopté le principe GIPA. Les Volontaires des Nations Unies (VNU) se sont associés au principe GIPA aux côtés du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA). Basé sur l’expérience africaine du Malawi et de la Zambie de 1997 à 2001, puis aux Caraïbes à Cuba, en Guyane, à Haïti, à la Jamaïque, en République dominicaine et à Trinité-et-Tobago de 1999 à 2002, le projet GIPA est arrivé pour la première fois en 2002 au Cambodge. Sotheariddh Sorn a été recruté comme VNU national sous le projet. Il donne un témoignage personnel sur le virus et amène des institutions et des organisations à structurer leur réponse contre l’épidémie.

Sotheariddh se souvient qu’en 1993, lorsqu’il était étudiant, il ignorait encore tout du virus. "L’administration avait distribué une simple note d’information, dit-il, mais jusque là je n’avais vu que des photos de personnes au stade avancé de la maladie. A aucun moment j’ai pensé que des personnes, apparemment en bonne santé, pouvaient porter le virus dans leurs corps." De toute évidence, le manque d’information et la négligence du comportement sexuel du jeune homme, qui dit n’avoir pas employé de protection à beaucoup d’occasions, sont à l’origine de son nouvel état de santé.

En 2004, le VNU et sept autres volontaires ont été placés dans huit institutions : l’Autorité nationale de lutte contre le sida, le centre national du VIH/sida, l’institut de dermatologie et des maladies sexuellement transmissibles, le Service international de la BBC, l’organisation Ensemble pour une Solidarité Thérapeutique Hospitalière en réseau (ESTHER), et trois bureaux de lutte contre le sida situés dans les provinces de Battambang, Banteay Meanchey et Siem Reap. Progressivement, les VNU ont renseigné le personnel de ces institutions sur le principe GIPA pour l’amener à créer un environnement favorable au projet. "Au début quand les VNU ont été placés dans les provinces, leurs supérieurs s’intéressaient peu à leurs activités, probablement parce que le projet ne leur apportait pas de ressources financières", dit Ruby Banez, VNU des Philippines, Chargée de programme VNU au Cambodge. "Mais cette attitude a changé quand ils ont réalisé que la valeur et le résultat du travail effectué par les VNU constituaient une part importante de leur mandat." Selon elle, les fonctionnaires dans les institutions où travaillent les VNU se montrent maintenant plus engagés et intéressés dans les activités effectuées par les volontaires.

Au sein des groupes et communautés touchés par le VIH/sida, les volontaires ont dispensé une formation à un nombre limité de personnes séropositives afin de créer chez elles des capacités à mener une action contre la stigmatisation qui entoure le virus et les personnes infectées et affectées par le virus. Ce travail a eu un résultat positif sur les réseaux GIPA de solidarité et d’entraide aux malades et à leurs familles. Début 2004, trois VNU ont formé à Phnom Penh un groupe de 27 femmes séropositives choisies parmi 10 groupes de soutien établis par des organisations indépendantes. Le groupe a reçu une formation sur la communication et plusieurs femmes ont pris la parole pour raconter leur vie de femmes au public lors de six ateliers organisés à Phnom Penh en mai et juin. Dans la province de Banteay Mean Chey, un VNU a aidé plus de 500 personnes séropositives à préparer une pétition pour demander des anti-rétroviraux au Gouvernement et aux donateurs. Ces derniers ont fourni les médicaments en février 2004.

Pour ESTHER, le VNU Sotheariddh Sorn a constitué un groupe de soutien aux personnes vivant avec le VIH/sida. Le groupe comprend 300 membres reliés au Réseau cambodgien des personnes vivant avec le VIH/sida grâce à l’assistance du volontaire. "Je suis fier d'être volontaire pour le projet GIPA, dit Sotheariddh, car il est motivant d’encourager les gens à participer. L'épidémie cause beaucoup de souffrances dans notre société et dans le monde, et si nous unissons nos efforts, nous pourrons par exemple obtenir plus de médicaments et des anti-rétroviraux pour soigner les malades."

Les ateliers GIPA commencent à susciter un intérêt croissant parmi ceux qui ont assisté aux activités. Lentement mais progressivement, quelques organismes dans les provinces ont commencé à recruter des personnes atteintes du VIH pour collaborer avec elles soit en tant que volontaires ou comme personnel rémunéré. Les volontaires arrivent à créer des liens étroits avec les groupes de soutien des personnes vivant avec le VIH/sida à Phnom Penh et en province. Leurs membres sont capables de parler de leur état de santé en public au cours d’ateliers organisés avec les VNU. On a remarqué que l’intervention de personnes séropositives pendant les ateliers éveille la compassion chez les participants et un désir de vouloir aider.

Une autre VNU cambodgienne du projet, Many Dy a été placée au Service international de la BBC, où elle a fourni un conseil technique pour la production de programmes radio et d’un spot informatif sur le VIH /sida. "Many, qui est aussi séropositive, n’a été victime d’aucune sorte de discrimination, dit Ruby Banez. Le personnel de la BBC a eu une attitude franchement ouverte vis-à-vis d’elle. " Les VNU ont causé des transformations profondes chez les personnes et eux-mêmes ont gagné en assurance. Les deux VNU séropositifs et les autres séronégatifs, timides et angoissés au départ, sont devenus des personnes sûres d’elles, "une source d’inspiration pour les autres", indique la Chargée de programme VNU.

Fin 2004, le projet était arrivé à sa fin. Heureusement il a été prolongé d’une année et Many Dy a pu reprendre le travail en mars 2005. Cette année est consacrée à renforcer la situation économique des femmes vivant avec le VIH/sida. Many consacre une grande partie du temps à un groupe de femmes séropositives occupées à monter des activités rentables. Cette fois encore, Many compte sur l’aide de la BBC pour produire un film sur les activités de ces femmes afin que d’autres groupes s’en inspirent pour créer de semblables initiatives. Actuellement la volontaire essaye de trouver des fonds. En attendant, elle et un autre volontaire du projet paient, de leur propre poche, le loyer du centre où se déroulent ces activités.

Contribution by: Ruby Banez, Chargée de programme VNU au Cambodge et Sotheariddh Sorn, VNU sous projet GIPA.

Le programme VNU est administré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)