Prendre le contrôle sur le virus du sida en Afrique australe

Les hommes du village de Hukuntsi au Botswana offrent une présentation culturelle, une combinaison de danse, de théâtre et de poésie, pendant le lancement du composant de SACI au Botswana. (Photo : VNU/Andreas Sieren)Les hommes du village de Hukuntsi au Botswana offrent une présentation culturelle, une combinaison de danse, de théâtre et de poésie, pendant le lancement du composant de SACI au Botswana. (Photo : VNU/Andreas Sieren)
31 mai 2005

Assister aux enterrements ne faisait pas partie des tâches de Volontaire des Nations Unies de Tsholofelo Barei, VNU nationale au Botswana depuis novembre 2004 – ni profiter des funérailles d’un adolescent emporté par le sida pour sensibiliser les gens de son village, et plus particulièrement les jeunes, au problème du VIH/sida dans un pays comptant 37% d’adultes infectés, avec une espérance de vie d’à peine 40 ans. Une approche peu commune mais justifiée par l’ampleur de la pandémie dans la région: les populations d’Afrique du Sud, Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Namibie, Swaziland et Zimbabwe, soit 2% de la population globale, représentent plus de 30% des 40 millions de personnes infectées par le VIH/sida dans le monde, selon les statistiques de l’ONUSIDA à fin 2004.

Dans les faits, les morts dues au sida déciment les forces vives dans tous les secteurs de la société dans ces pays déjà en proie aux multiples défis du développement. Ceci a amené le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à lancer en mars 2004 une initiative de renforcement des capacités de l’Afrique australe, ou SACI, pour pallier le manque en ressources humaines et renforcer la sensibilisation au VIH/sida.

A cet effet, plus de 132 VNU apportent leur expertise professionnelle aux ministères, institutions spécialisées et ONG où ils sont affectés, leur permettant ainsi de continuer et développer leurs activités, tout en renforçant dans les communautés dépourvues d’assistance extérieure les activités de volontariat sur l’éducation au VIH/sida et le soutien aux personnes infectées et affectées.

Renforcer les communautés
Tsholofelo Barei est à l’oeuvre dans six communes du nord est du Botswana, une région de 50,000 habitants parmi les plus touchées avec un taux de prévalence de 40% en 2002. Aucune famille n’est épargnée et les gens sont de ce fait ouverts au changement et à sa venue, dit-elle. Ainsi, les villageois de Tati-Siding doutant de la confidentialité des tests de dépistage à la clinique locale, elle a organisé le passage mensuel d’un centre mobile de dépistage et de conseil. Particulièrement concernée par les risques encourus par les jeunes désoeuvrés fréquentant bars et prostituées, elle a initié une pétition pour la fermeture des établissements nocturnes et rencontré les jeunes d’égal à égal sur leur propre terrain – de football en l’occurrence. Une stratégie payante puisque bon nombre de jeunes se sont depuis portés volontaires pour sensibiliser leur village au VIH/sida.

Améliorer les structures
Au Swaziland – 38.8 % de personnes infectées sur 1 million d’habitants – la VNU Fatou Ceesay de Gambie utilise ses compétences en gestion des ressources humaines pour améliorer les services de santé. Elle a constaté que les problèmes majeurs concernaient le manque de communication interne, de formation professionnelle adaptée et d’une structure hiérarchique claire, ainsi que l’absence de procédures modernes et de descriptifs de poste actualisés, provoquant stress, découragement du personnel et émigration de personnel qualifié. Elle a mis sur pied une politique en ressources humaines pour le ministère de la Santé et des Affaires Sociales, incluant organigramme, réunions hebdomadaires pluridisciplinaires, recrutement et formation du personnel soignant. Elle a aussi aidé l’hôpital gouvernemental à réviser les fonctions des infirmières et leur formation, spécifiquement au niveau de la prévention et du traitement du VIH/sida. Elle espère que ces mesures seront rapidement concrétisées, permettant au personnel infirmier d’améliorer sa performance et sa capacité de répondre à la crise de santé que traverse le pays.

Retrouver ses forces
En janvier 2004, un groupe de personnes vivant avec le VIH/sida a créé un club de santé communautaire dans le district de Kafue, dans le sud de la Zambie. Grâce à ce club ils peuvent combattre le stigma social, atteindre l’indépendance économique par le biais d’activités génératrices de revenus et mener ainsi une vie plus positive. Depuis un an, dans le cadre de l’initiative SACI, le VNU national Emmanuel Chama les a aidés à développer capacités et activités en facilitant la formation de quatre d’entre eux comme conseiller en VIH/sida et en leur donnant une formation sur les soins à domicile. Il les a aussi aidés à accroître leurs sources de revenus (réalisation et vente d’uniformes scolaires et de vêtements en batik, élevage de poulets et jardin potager pour leurs besoins quotidiens), conditions indispensables tant pour assurer leur indépendance financière – la plupart des membres ayant perdu leur emploi – que pour améliorer leur statut social.

Le club organise des ateliers mensuels d’une centaine de personnes sur des sujets liés au VIH/sida (prévention de la transmission mère-enfant, conseils nutritionnels, comment éviter les risques d’infections mortelles) et un de ses membres participe aux réunions mensuelles du groupe de travail sur le sida du district. Le club espère disposer rapidement de son propre centre de dépistage et encourager par son exemple la formation de clubs similaires dans les autres communautés de Zambie pour prouver, dit Emmanuel Chama, que le VIH/sida n’est pas la fin du monde mais que soutien et encadrement peuvent contribuer au développement du pays.

Contributions par: Akua Dua Agyeman, Coordonnateur de programme VNU/SACI, Shipra Bose, Chargé de programme VNU - Zambie, Agnes Phiri, Conseillère SACI en communications, et Andreas Sieren, Chargé de programme VNU - Botswana.

Le programme VNU est administré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)