Informer pour mieux prévenir les catastrophes
par Mario Rizzolio

Un des élèves des 50 écoles de Gonaïves invitées à la projection pose une question à propos du film. (programme VNU)Un des élèves des 50 écoles de Gonaïves invitées à la projection pose une question à propos du film. (programme VNU)Mr. Augustin Dieuseul (à droite), coordinateur de Terre des Jeunes Gonaïves, écoute une question posée à Mr. Antji Daniel Ouachée par un élève (à gauche). (programme VNU)Mr. Augustin Dieuseul (à droite), coordinateur de Terre des Jeunes Gonaïves, écoute une question posée à Mr. Antji Daniel Ouachée par un élève (à gauche). (programme VNU)
30 janvier 2009

Gonaïves, Haïti: Ce 16 janvier 2008 avait lieu, aux Gonaïves, une projection-débat portant sur le thème de l’état de l’environnement dans le monde. Cette séance est la première d’une série de sept autres s’inscrivant dans le cadre d’une formation en prévention des risques et désastres organisée par le programme des Volontaires des Nations Unies (VNU) et l’organisation transnationale Terre des Jeunes. Plus d’une centaine de jeunes en classes de Rhéto et Philo issus de la cinquantaine d’écoles que compte la ville  (deux élèves par école) ont assisté à cette première.

Les élèves présents ont pu assister, à l’Alliance Française, à la projection du film d’Al Gore « Une vérité qui dérange », un film documentaire américain traitant du changement climatique, spécialement du réchauffement planétaire, réalisé par Davis Guggenheim. Al Gore, ancien vice-président des États-Unis d'Amérique et nouveau prix Nobel de la paix 2007, y tient le premier rôle. Le film est basé en grande partie sur une présentation multimédia que Gore a préparée pour sa campagne de sensibilisation sur le réchauffement climatique. Il fut présenté en avant-première en 2006 au Festival du film de Sundance, puis au Festival de Cannes 2006.

Dans ce film, « l’ex-futur président des Etats-Unis » (comme il se définit lui-même de façon ironique après sa victoire/défaite sur Bush Junior) met en lumière la quasi-unanimité des scientifiques s'accordant sur le réchauffement global de la Terre, débat sur la politique et l'économie du réchauffement global, et décrit les conséquences graves que le changement du climat produira si la quantité de production humaine de gaz à effet de serre (avant tout le gaz carbonique : CO²) n'est pas significativement réduite dans un futur très proche.

Antji Daniel Ouachée, le responsable national de Terre des Jeunes qui enseigne aussi les sciences de l’environnement au CREFI (Université des Sciences de l’Education) à Port-au-Prince, s’est chargé de présenter une synthèse du film et a rappelé toute la polémique que le film a suscité, surtout au sein des milieux d’affaire. Les élèves ont par la suite posé des questions sur le film.

En guise de conclusion, et pour ne pas laisser les étudiants dans un sentiment d’impuissance et d’angoisse devant l’ampleur des conséquences apocalyptiques du réchauffement planétaire et face à la vulnérabilité extrême de leur ville, Mr. Ouachée a démontré aux jeunes qu’ils pouvaient agir de façon efficace et visible. Ainsi, contribuer à diminuer la vulnérabilité de leur ville, participer de façon mesurable à la diminution des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et améliorer leur environnement.

Sans exclure la nécessité de déplacer une partie de la ville, il a rappelé que la plantation d’arbres et la reforestation n’ont que des avantages multiples : réduire les risques d’inondation et améliorer la stabilité et la fertilité des sols ; réduire la quantité de CO² dans l’atmosphère ; créer de la richesse économique à travers la production d’aliments, médicaments, énergie, matériaux, substances, etc. obtenus à partir des arbres ; contribuer à un plus grand confort et à une meilleure santé.

Mr. Ouachée a insisté aussi pour que les jeunes montrent l’exemple et fassent le relais pour que la population arrête de brûler de façon anarchique les déchets, ce qui justement contribue au dégagement de CO² et à d’autres polluants très toxiques. Enfin, il a encouragé les jeunes à faire de la récupération sélective et du recyclage des déchets (papiers, plastiques, métaux, déchets organiques…) qui ont de la valeur économique et peuvent déboucher sur la création d’emplois.
 
Pour Augustin Dieuseul, le coordinateur de Terre des Jeunes Gonaïves et l’un des principaux instigateurs de l’événement, cette formation auprès des 50 écoles secondaires de la ville aura permis de reconstituer les comités de volontaires dans les écoles, surtout après les ouragans de septembre, en ajoutant que « les élèves constituent une porte d’entrée dans la communauté, que ce soit les familles ou le quartier, et qu’il faut donc faire véhiculer nos messages par eux pour que toute la communauté s’investisse ».

Elève de Rhéto (avant dernière année) à l’Ekol du Bisantnè, l’un des plus grands lycées de la ville, Lounes était particulièrement impressionné par le film. Il a déclaré en savoir d’avantage sur le changement climatique, en ajoutant que « c’est l’affaire de chacun » et que « les participants doivent se conscientiser et réaliser des actions de façon à protéger la planète ».

La prochaine projection/débat aura lieu le 13 février, toujours à l’Alliance Française autour du thème de l’environnement en Haïti, avec la projection du film « Parc Lavisitte, patrimoine en péril ». Un membre de la fondation Seguin viendra présenter ce documentaire, un constat inquiétant sur la situation de cette réserve naturelle, château d’eau stratégique pour plus de trois millions de Haïtiens et l’un des derniers réservoirs de la Biodiversité en Haïti. Le film en créole ouvre les yeux sur le déboisement incessant qui le détruit tous les jours un peu plus.

Les autres projections couvriront les thèmes suivants : L’eau, une ressource en péril en terre d’Haïti ; Risques et désastres : les inondations. Que faire pour les éviter ? Que faire pour les affronter ? ; Risques et désastres : Les tremblements de terre et les tsunamis. Comment en limiter la portée destructrice ; La bio- culture. Comment faire un potager et produire une alimentation saine et respectueuse de l’environnement ; L’Eco- construction. Comment construire de façon saine, durable et respectueuse de l’environnement.

Cette formation en prévention et gestion des risques et désastres adressée aux élèves des écoles des Gonaïves est le fruit des échanges qui ont eu lieu avec les organisations qui œuvrent dans le domaine des risques et désastres à l’occasion de la Journée internationale des Volontaires. Un 5 décembre qui aura servi, suite à la construction du jardin scolaire au lycée du Bisantnè, à mobiliser différentes organisations afin de préparer la population étudiante des Gonaïves à mieux répondre aux catastrophes telles que les inondations causées par les fortes précipitations d’origine cyclonique qui ont frappé la ville ce dernier août 2008.

Fatou Diop, manager de l’unité des volontaires VNU de la MINUSTAH, a rappelé que les volontaires se sont engagés pour sensibiliser les communautés sinistrées des Gonaïves sur « l’importance de préserver l’environnement pour limiter la portée destructrice des ouragans et pour donner des élément de réponse aux communautés sur comment réagir face aux catastrophes ».

Parallèlement à la formation en risques et désastres, le programme VNU, Terre des Jeunes et la Fondation des Amis de la Nature procèdent à l‘heure qu’il est à la distribution d’un manuel scolaire intitulé Agir pour l’environnement et à la formation de professeurs à l’utilisation dudit manuel. En outre, la construction d’un nouveau jardin débutera dans une école des Gonaïves au mois de février.

Le programme VNU est administré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)