Réunir des familles au Sahara occidental
par Juliette Murekeysoni

UNV volunteer Juliette Murekeysoni (left) giving Nafisa (name changed) the good news that she will be reunited with her son soon. (UNV, 2007).UNV volunteer Juliette Murekeysoni (left) giving Nafisa (name changed) the good news that she will be reunited with her son soon. (UNV, 2007).
19 juin 2007

Tindouf, Algérie du sud : J'ai commencé à travailler comme volontaire VNU avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) il y a plus d'un an et demi pour le projet des Mesures de rétablissement de la confiance (CBM). Ce projet a été lancé en 2004 avec pour but de réunir les réfugiés habitant en Algérie et leurs parents qui habitent toujours au Sahara occidental. Plus de 150 000 réfugiés du Sahara occidental vivent en Algérie du sud.

Je suis en poste à Tindouf en Algérie du sud avec deux autres volontaires VNU, tandis que trois autres se trouvent à Laayoune au Sahara occidental. Quand je suis arrivé le premier jour, on m’a expliqué mes nouvelles tâches et on m’a orienté vers mon nouveau poste ; le deuxième jour, on m’a conduit dans les camps pour commencer le travail. Comme je suis née et que j’ai toujours vécu dans les camps de réfugiés, je comprenais bien leur situation et leurs souffrances et rapporter sans problème tout ce qui touchait à leur condition de réfugiés.

La langue n'était pas non plus un problème pour moi, parce que la majeure partie des gens parle français. Cependant, parce que j’apprends vite, j'ai voulu immédiatement apprendre l'Arabe pour pouvoir communiquer avec les réfugiés et le personnel du camp. J'essaye de passer autant d’heures que possible avec les réfugiés pour apprendre aussi leur dialecte.  Aujourd'hui j’arrive à communiquer et à comprendre la plupart des conversations.

Des familles ont été séparées à la frontière entre le Sahara occidental et l'Algérie pendant des dizaines d’années, sans avoir la possibilité de se rencontrer et encore moins de se réunir. Je travaille quotidiennement avec les familles pour aider à les réunir par des activités allant de choisir les personnes ayant un droit de visite aux familles, de mettre à jour les données statistiques ou encore de faire campagne d'information auprès des gens au sujet du projet CBM.

D’une part, c’est une récompense que d’être en mesure d’informer des familles qu'elles recevront la visite d’un parent qu'elles n'ont pas vu depuis plus de 30 ans. D'autre part, c’est tout à fait frustrant de devoir informer les familles qu'elles ne pourront pas recevoir ou rendre visite à leurs parents, et parfois ceci se produit à la dernière minute.

Le matin du 22 février 2007 fut un jour que je n'oublierai jamais dans la vie, et que je partagerai avec mes enfants quand je les aurai (inshalla). Ce matin, mon collègue et moi sommes allés informer Aminatou Ahamed qu'elle allait finalement recevoir son fils qu'elle n'avait pas vu depuis son premier anniversaire, avec en plus sa belle-fille et son petit-fils.

Aminatou a commencé à me parler en arabe, en me serrant très fort, les larmes aux yeux ; je me considère une femme forte, pourtant je n’ai pas pu retenir mes larmes, des larmes de joie. Je remercie toujours Dieu de me donner le privilège et la possibilité de servir et d'apporter le bonheur aux gens qui en ont besoin.

Le Sahara occidental, un territoire sur la côte nord-ouest de l'Afrique, bordé par le Maroc, la Mauritanie et l'Algérie, a été administré par l'Espagne jusqu'en 1976. Le Maroc et la Mauritanie ont réclamé le territoire, une revendication à laquelle s’oppose le Front populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro (Front POLISARIO).

Les Nations Unies ont cherché à trouver un règlement au Sahara occidental depuis le retrait de l'Espagne en 1976 et à la lutte qui a suivi entre le Maroc, qui avait « réintégré » le territoire, et le Front POLISARIO, soutenu par l'Algérie. La Mauritanie a renoncé à toutes ses revendications au Sahara occidental en 1979.

Juliette Murekeysoni est volontaire VNU, Officier de terrain à Tindouf en Algérie méridionale. Elle est titulaire d’une maîtrise en diplomatie et en relations internationales de l'Université de Seton Hall aux Etats-Unis.

Le programme VNU est administré par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)