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Service, angoisses et interrogations: Le volontariat à Trinidad & Tobago
par Edwin Vicente “Edge” Cinco Bolastig
02 juin 2008 Enfant, j’ai toujours rêvé d’un emploi qui me mettrait en relation avec le plus grand nombre de personnes. Ce doit être mon côté extraverti qui m’a fait aller vers les autres. Vous pouvez dire de moi que je suis un animal social ou un “connecteur” dans le sens que lui donne Malcolm Gladwell dans son ouvrage séminal sur les épidémies sociales, “le point de basculement” ou le caractère grégaire invétéré que chacun de nous rencontre dans sa vie quotidienne… Ayant grandi à Samar, province appauvrie située au sud-est de Manille, capitale des Philippines, dans un environnement scolaire laïque dans lequel la devise jésuite « Exister pour les autres » est un thème prédominant, j’ai commencé à réaliser qu’en matière de carrière, j’avais deux alternatives pour rencontrer le plus grand nombre de personnes: devenir médecin ou prêtre. Ce qui relie et lie ces deux vocations est le SERVICE. Le parcours que j’ai choisi est assez évident. Parce que je croyais aussi dans l’accomplissement de soi, dans le fait d’élever une famille et de profiter de tout ce que la vie peut offrir tout en rendant service à mon prochain, mon choix s’est naturellement fixé sur la première option. Avant même de m’engager dans une vie de volontariat avec le programme VNU, j’ai, à mon modeste niveau, essayé d’être au service des autres malgré les risques et la piètre compensation, voire gratis et amore. Je me suis lancé dans de nombreuses activités d’assistance médicale, que mon statut d’étudiant en médecine me permettait et en ma qualité de membre de la fraternité Mu Sigma Phi, puis plus tard de professionnel de la santé, travaillant comme médecin de santé publique dans la petite ville natale de mon père tout de suite après avoir reçu mon diplôme de l’école de médecine. Vu la maigre rémunération qu’un médecin de santé publique reçoit en dépit des horaires de travail importants y compris le week-end et la nuit, cela revient à être au service des autres chaque jour, pour l’amour de Dieu et du pays. La récompense vient généralement de voir le moindre changement de politique dans le secteur de la santé dans lequel je me suis engagé de tout mon cœur, toujours en collaboration avec les autres partenaires. Ceci devrait pouvoir se concrétiser par une amélioration de la vie d’un grand nombre de Philippins, principalement des pauvres et défavorisés que je n’ai pas eu nécessairement l’occasion de rencontrer. Mais pour le moins, je suis intimement convaincu que d’une manière ou d’une autres, j’ai changé leur vie… Puis est venue pour moi l’opportunité d’un poste de volontaire VNU à Trinidad et Tobago. Je me trouvais de nouveau devant un dilemme, celui de choisir entre poursuivre dans mon pays une prometteuse carrière dans le domaine des politiques de santé dont je pouvais plus ou moins entrevoir l’issue ou accepter une affectation temporaire qui m’était complètement inconnue (“Mais où se trouve donc Trinidad et Tobago?”). Là encore, je crois, le goût de l’aventure, de la rencontre des autres, de la découverte du monde et du désir d’élargir mes horizons en tant que professionnel de la santé et citoyen du monde au nom du développement humain durable a pris le dessus. Mais cela ne fut pas sans passer par l’urgent et néanmoins réellement profond cheminement et par le choix spirituel que j’ai fait avec mon épouse, mes enfants, les autres membres de ma famille et mes amis les plus proches qui m’ont soutenu dans ce virage de carrière qui allait changer ma vie. Malgré les incertitudes, cependant, les choses ne sont pas passé si mal que je l’avais initialement envisagé. Tout d’abord, Trinidad et Tobago est un paradis tropical que ma femme, moi-même, certains membres de ma famille et amis auraient souhaité connaître lors d’une croisière dans les Caraïbes que nous aurions organisée quand nous serions vieux, riches et célèbres. C’était donc un rêve qui se réalisait, bien avant l’heure, sans bourse délier! En deuxième lieu et plus sérieusement, mes tâches consistaient à faire ce que je préfère faire – politiques de santé et travail de planification – au sein de la Direction des politiques de santé, de la recherche et de la planification du Ministère de la Santé de Trinidad et Tobago. Fort de mon expérience dans mon pays et de ma formation post-universitaire à Londres, je n’aurais pas souhaité être affecté ailleurs bien que je me sois préparé à accepter toute autre tâche en milieu hospitalier ou sur le terrain. Tout à coup, je me suis senti comme une tortue cuir que l’on aurait rendue à son milieu naturel: les eaux des Caraïbes! C’était intéressant et assez réconfortant d’être parachuté sur un terrain familier ou dans des eaux familières, dirais-je. Ce qui était encore plus rassurant était de penser que parce qu’il n’y avait pas de médecin en charge des politiques de santé au sein de la direction, j’aurai l’opportunité de contribuer effectivement à l’organisation en proposant à la direction et donc au pays, une perspective médicale dans le développement et la planification des politiques de santé. En troisième lieu, les collègues au Ministère étaient très chaleureux, accueillants, coopératifs rendant mon travail plaisant et engageant. J’ai rejoint le ministère à un moment où le programme de réforme du secteur de la santé battait son plein, toutes les activités étant dirigées vers la réalisation de ses objectifs. Le partenariat entre le programme VNU et le Ministère qui impliquait près d’une centaine de médecins volontaires venus du monde entier fait partie du processus de réforme : celui de renforcer la capacité institutionnelle du ministère et du système de santé en général.
Mon engagement en tant que volontaire VNU dans ce pays, bien qu’encore assez limité, m’a également donné l’occasion de devenir l’un des membres fondateurs d’un réseau d’action sur les systèmes de santé créé l’année passée à Toronto au Canada pour défendre la cause du renforcement des systèmes de santé au niveau des pays et au niveau mondial face à la mise en œuvre d’initiatives mondiales de santé telles que l’alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation et le fond mondial contre le SIDA, la tuberculose et la malaria pour n’en citer que quelques-uns. Ces initiatives mondiales ont fortement influencé la définition du paysage sanitaire au niveau mondial, régional, national voire local, c’est pourquoi il est nécessaire de les complémenter avec une approche qui assure le renforcement des systèmes de santé afin que les efforts et ressources engagés profitent au plus grand nombre. D’un point de vue métaphysique, toutefois, il existe une cohérence et une logique dans l’évolution de ma vie de mon enfance aux Philippines jusqu’à mon engagement actuel dans l’élaboration de politiques de santé d’un pays autre que le mien. Je suis concerné par tout ce qui se passe dans le domaine de la santé au niveau mondial en dépit des choix que j’ai eu à faire avec discernement. Et oui, comme le dit mon poète favori Robert Frost, j’ai toujours fini par choisir la route la moins fréquentée – changeant ainsi le cours de ma vie et celui de ma famille, à tous points de vue. J’ai l’intime conviction que dès que vous faites ce que vous préférez faire, vous ne pouvez pas vous tromper et que vous serez récompensé au centuple de tous les bienfaits que vous prodiguez, à vous-mêmes et aux autres. Et j’en arrive ainsi à me demander, chemin faisant, où tout cela va m’amener ? Le fait de devenir un volontaire VNU au service des autres m’a inspiré cette histoire personnelle pleine de doutes et d’interrogations et je me demande à l’heure actuelle quelle en sera l’issue pour moi et ma famille. Ces dix huit mois comme volontaire VNU a Trinidad et Tobago ont été formidables et jusqu’ici la vie m’a gâté. Cependant, où me mènera tout ceci, à la fin de mon contrat? Je suis habité par ce sentiment d’inquiétude et je m’interroge sur l’incertitude de la vie, en tant que volontaire VNU en particulier. Je citerai le grand Robert Frost pour exprimer ce dont je suis certain, cependant – “ Dans une forêt, à la croisée de deux chemins, j’ai opté pour le moins fréquenté et ceci a fait toute la différence.” Au fait, le volontariat n’est-il simplement de faire la différence ? Articles connexes |
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