Un milliard au total ! Libérer le potentiel des gens qui vivent avec un handicap

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Reléguée dans une annexe des Objectifs de Développement durable des Nations Unies - le plan mondial qui a pour but de mettre un terme à la pauvreté, de sauver la planète et de garantir à chacun un accès aux droits de l’homme -, la phrase la plus percutante du projet se trouve être :  "Et nous devrons nous efforcer d'aider en premier ceux qui sont les plus laissés de côté."  Ce concept est plus radical qu'il n'y paraît. Tentez d'expliquer à une personnalité politique se présentant à une élection qu’il est dans son intérêt de se focaliser avant tout sur les minorités.

Nicola Harrington
Mme Nicola Harrington-Buhay, Coordonnatrice exécutive adjointe du programme VNU (2017)

Nous, les professionnels du développement de l'ONU, sommes de solides partisans de l'indivisibilité de tous les droits, pour tous et en tout temps, mais nous n'avons que rarement l'opportunité de démarrer avec ceux qui sont les plus laissés de côté ou de les atteindre à grande échelle. Et pourtant, 193 leaders mondiaux ont pris cet engagement.  L’idée d’« être laissé de côté » est de toute évidence relative. Même les démocraties les plus avancées ont encore du pain sur la planche avant de parvenir à une égalité d'opportunités pour tous. Preuve en a été faite l'an dernier par des femmes européennes qui ont menacé de ne plus travailler jusqu'à la fin de l'année après le 8 novembre, afin d'attirer l'attention des politiques sur le problème persistant des inégalités de salaire.

Ces vingt-cinq dernières années ont été marquées par des avancées monumentales, spécifiquement en ce qui concerne les droits des minorités. Ban Ki-moon, le Secrétaire Général de l'ONU sortant, laisse derrière lui un héritage notoire de lutte pour la défense des droits lesbien, gay et trans, tant au niveau mondial qu'au sein-même de l'ONU.  Le visionnaire Peter Piot a convaincu le monde que le VIH/SIDA pouvait être éradiqué et que tous ceux contaminés par le virus avaient le droit d’accéder au traitement. Son leadership, associé à une lutte acharnée de la société civile, est parvenu à surmonter tous les obstacles afin de rendre disponible les traitements antirétroviraux à plusieurs millions de personnes. Le renforcement du corps législatif international permet de répliquer plus facilement à des discours tels que « La société n’est pas prête », au moyen d’une réponse comme « Madame la Présidente, puisque votre pays a adhéré à la convention, comment pouvons-nous vous aider à changer les choses ? »

Mais qu’est-il arrivé aux droits des personnes en situation de handicap ? La révolutionnaire Convention Relative aux Droits des Personnes Handicapées de 2006 (en anglais) était très prometteuse, incarnant la première convention de l’ONU organisée conjointement par les gouvernements et les groupes de défense des handicapés. Malgré le fait qu’elles représentent autour de 15% de la population mondiale, et les efforts sans relâche de nombreux organismes, il demeure décevant (et étonnant) de constater combien sont rares les personnes qui se déclarent à leur travail comme étant handicapées.

Le programme des Volontaires des Nations Unies veut changer cela. Pour mon mandat de Coordinatrice exécutive adjointe du programme, je me suis personnellement fixée l’objectif de travailler avec nos 33 entités partenaires de l’ONU afin d’affecter sur place et de façon pertinente un millier de Volontaires des Nations Unies (VNU) porteurs d'un handicap. Quel est leur rôle ? Cela dépend : comme dans tout grand ensemble de professionnels, les aspirants volontaires ont des expériences et des préférences uniques à chacun. Ils sont nombreux à ne pas remplir les conditions pour devenir VNU, à savoir un niveau Maîtrise et plusieurs années d’expérience professionnelle, en raison d'un manque d’opportunités dû à leur handicap. Les critères de sélection ne font qu’accentuer leur potentiel, leur détermination et leur engagement dans le travail qu’ils mènent de pair avec les communautés et les groupes locaux pour les personnes handicapées, ainsi que leur dévouement aux valeurs du volontariat comme un moyen de favoriser des changements positifs.

Comment parvenir à ce que les Volontaires de l’ONU atteignent mon objectif, que je reconnais ambitieux ? Pour être honnête, je ne sais pas. Mais nous sommes déterminés à apprendre. Une « Équipe d'Accès à l'Excellence » interne et au niveau de l’ONU, fait écho à la déjà bien implantée « Équipe d’Action pour l'Égalité entre les Sexes » dans l’analyse, la recommandation et l’action sur diverses questions, options et modifications institutionnelles qui s’accumulent rapidement tandis que nous préparons l’affectation de notre première VNU internationale porteuse d’un handicap et négocions plusieurs autres affectations avec nos partenaires.

La courageuse femme qui se prépare actuellement à traverser les continents et à surmonter les barrières de la langue (des signes), racontera son histoire en tant que première Volontaire ONU déployée qui se déclare porteuse d'un handicap, rejoignant ainsi les autres Volontaires dans la même situation qui se sont déjà engagés sur notre service Volontariat en Ligne du programme VNU. 

Et s'il faut un premier pas pour entamer le voyage de mille cinq cents kilomètres, c’est bien elle qui incarne le premier pas du programme VNU. 

L'éradication de la polio a nécessité la majeure partie des trente dernières années. L’éradication de la stigmatisation peut certainement survenir plus rapidement.


Nicola Harrington-Buhay, Coordinatrice Exécutive Adjointe pour le Programme et la Mobilisation des Volontaires, est experte en droits de l’homme, en développement et en administration publique.  Elle a travaillé pour la Banque d’Angleterre, pour l’Organisation de Coopération et de Développement Économique, et pour les Nations Unies, sur quatre continents différents. Elle croit fermement aux valeurs du volontariat, qu’elle considère comme un moyen de mobiliser toutes les connaissances, où qu’elles soient, et de parvenir à toucher ceux qui sont les plus laissés de côté.

> Article traduit de l'anglais par le Volontaire en ligne de l'ONU Jérémy Belgarde