18 décembre 2014
A peine quelques semaines après avoir rejoint l’unité de protection des personnes apatrides du bureau régional de l’UNHCR, l’occasion m’a été offerte de prendre part à ma première mission de terrain et d’aller à la rencontre de personnes à risque d’apatridie vivant dans le nord du Bénin, à la frontière avec le Niger. Les objectifs de cette mission étaient de comprendre les causes de la situation que vivent ces personnes, d’en analyser les conséquences sur leur vie au quotidien et d’envisager avec les autorités locales des solutions durables.
Alioune Seck (en chemise blanche) Volontaire ONU – Associé à la protection, et Pépin Glélé, Chargé de protection du bureau du HCR au Bénin, entourés d’enfants sans nationalité déterminée. (programme VNU, 2014)

A peine quelques semaines après avoir rejoint l’unité de protection des personnes apatrides du bureau régional de l’UNHCR, l’occasion m’a été offerte de prendre part à ma première mission de terrain et d’aller à la rencontre de personnes à risque d’apatridie vivant dans le nord du Bénin, à la frontière avec le Niger. Les objectifs de cette mission étaient de comprendre les causes de la situation que vivent ces personnes, d’en analyser les conséquences sur leur vie au quotidien et d’envisager avec les autorités locales des solutions durables.

Il me revenait d’évaluer le nombre de personnes exposées aux risques d’apatridie, de vérifier le niveau de documentation des personnes concernées, et de rencontrer des agents de l’administration locale afin de comprendre les raisons de cette situation. J’ai pu m’entretenir individuellement avec des habitants de la commune de Karimama dont la nationalité reste indéterminée afin de recueillir des témoignages sur leur vécu quotidien.

Ce travail de terrain a ensuite  été complété par des recherches juridiques afin de déceler les solutions que prévoient les lois béninoises et internationales pour résoudre cette situation intenable pour des milliers d’individus au nord du Bénin.
 
En 2005, la Cour internationale de justice a tranché un contentieux frontalier entre le Bénin et le Niger sur le cours du fleuve Niger. Si elle est venue déterminer le tracé de la frontière entre ces deux pays, cette décision a laissé en suspens la détermination de la nationalité des populations vivant sur les territoires concernés. Or, dans les faits, prés de 2 000 personnes se sont, du jour au lendemain, retrouvées en territoire béninois sans nationalité déterminée et exposées à des risques accrus d’apatridie.

L’absence de nationalité est une grave entrave à la jouissance des droits fondamentaux. Sans nationalité déterminée, l’accès à certains biens et services devient plus difficile : « Parce qu'aucun pays ne nous reconnaît, nous vivons comme si nous étions en prison»« Nos enfants n’ont pas d’actes de naissance et nous ne pouvons pas les inscrire à l’école » me confie-t-il. Chaque année, ce sont des centaines d'enfants sans état civil qui voient leur avenir mis en péril. Les conséquences de cette situation sont graves non seulement pour les enfants eux-mêmes, mais aussi pour leur communauté.

Des solutions juridiques existent cependant, tant en droit interne qu’en droit international. Sur la base des recherches que j’ai pu conduire en ce sens, des recommandations ont été formulées à l’endroit des autorités locales et centrales. Suite à cette mission, le bureau de l’UNHCR au Bénin a engagé avec les autorités gouvernementales des discussions afin d’apporter des solutions durables pour toutes ces personnes vivant dans le nord du Bénin. L’UNHCR leur a ainsi redonné espoir, de sorte qu’elles nourrissent aujourd’hui le souhait ardent d’obtenir une nationalité et de recouvrer leur dignité.

Afrique subsaharienne