Intervenir rapidement pour contrer les violences à caractère sexuelle et sexiste dans un contexte d’urgence et de crise humanitaire en Afrique de l’Ouest et Centrale

28 novembre 2017
Nnoko Mejane Angela
Les régions de l’Afrique de l’Ouest et Centrale sont confrontées à des situations d’urgence complexes. Dans le bassin du lac Tchad (BLT), quelque 17 millions d’habitants du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Nigéria sont touchés par l’insécurité, la pauvreté alimentaire, les sécheresses et les maladies. L’effondrement de l’ordre civil à la suite de catastrophes entraîne une augmentation des crimes violents à caractère sexuel, de l’exposition aux infections sexuellement transmissibles comme le VIH et du nombre de grossesses non désirées. On dénombre davantage de cas de violence à caractère sexiste chez les personnes déplacées, notamment en zones de conflits et dans les camps de réfugiés.
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La Volontaire des Nations Unies Nnoko Mejane Angela présentant son témoignage lors de l’atelier. (ONU-Femmes, 2017)

Les conclusions de l’étude menée par le sous-groupe de travail en matière de violence fondée sur le genre en Afrique de l’Ouest et Centrale révèlent une prévalence plus élevée de la violence sexuelle et sexiste depuis le dernier rapport produit en 2016, plus particulièrement dans les pays aux prises avec des conflits armés. C’est dans ce contexte que nous avons conjointement organisé en 2017, à Dakar au Sénégal, un atelier de renforcement des capacités régionales sur l’intégration d’une démarche antisexiste, la prévention et les moyens d’intervention pour contrer la violence fondée sur le genre dans des contextes d’urgence humanitaire. Cet atelier a été organisé par l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU-Femmes), en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) et le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Dans une région ébranlée par plusieurs catastrophes naturelles, crises politiques et conflits menaçant la sécurité, et où les violences sexuelles liées aux conflits surviennent de façon récurrente, la protection des femmes, des filles, des hommes et des garçons doit absolument être au cœur des préoccupations de toute intervention humanitaire.

Agir en tant que Volontaire VNU pour ONU-Femmes m’a donné l’occasion de prendre part à de nombreux aspects du travail de l’agence dans la région, dont cet important événement. L'objectif de cet atelier était de former des spécialistes nationaux et internationaux sur la problématique hommes-femmes et la violence fondée sur le genre en vue d’améliorer leurs capacités à mettre en œuvre des mesures d’urgence permettant d’intégrer d’une manière stratégique et opérationnelle un programme d’action pour l’égalité entre les genres et la prévention de la violence fondée sur le sexe, dans un contexte d’intervention humanitaire multisectorielle et complexe.

Plusieurs coordonnateurs résidents et points focaux chargés des problématiques hommes-femmes ou de celles de la violence fondée sur le genre dans les pays touchés par une crise d’ordre humanitaire ont pris part à l’atelier, incluant ceux en provenance du Mali, de la République centrafricaine (RCA), du Cameroun, du Tchad, du Niger, du Nigéria, du Sénégal et de la République démocratique du Congo (RDC). Les participants ont discuté des moyens pour renforcer la coordination et fournir une aide opportune aux communautés touchées, y compris aux survivants qui sont victimes de violence fondée sur le genre et de violence sexuelle, et ce, dans le cadre d’une crise humanitaire, d’une catastrophe naturelle ou d’une crise sanitaire comme le virus Ebola.

Considérant les indicateurs alarmants dans la région, les participants et les facilitateurs ont souligné l’importance d’organiser un tel atelier. Les discussions et le partage de pratiques exemplaires sur les difficultés, les perspectives et les réalisations concernant l’intégration des genres, la prévention de la violence fondée sur le genre et les mesures d’intervention ont mené à la formulation de recommandations clés en vue de positionner ces questions délicates à l’intérieur d’un cadre stratégique et opérationnel.

La présence et le soutien des acteurs nationaux provenant de pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale lors de cet atelier mettent en lumière l’engagement des gouvernements à améliorer à l’échelle nationale la protection des civils et des survivants qui sont victimes de violence basée sur le genre et de violence sexuelle.

Cette rencontre stratégique a mené à la création d’un groupe régional composé de 26 experts appelé « Groupe d’experts sur la protection contre la violence fondée sur le genre en Afrique occidentale et centrale ». Le groupe permettra aux experts de réseauter, de communiquer et de partager des outils et des connaissances. La mission du groupe visera surtout à renforcer les capacités en matière de prévention et de lutte contre la violence fondée sur le genre à travers la région tout en favorisant le bon fonctionnement de la collaboration inter-agences avec les partenaires nationaux et internationaux. De plus, le groupe mènera à la création d’une liste d’experts qui seront disposés, sur bref préavis, à collaborer à des missions humanitaires dans la région.

Être un volontaire des Nations Unies m’a permis non seulement de jouer un rôle dans la mise en œuvre de cette initiative et d’y participer, mais aussi de comprendre que notre travail et nos interventions peuvent aller bien au-delà de nos actions individuelles.


Cet article a été traduit de l’anglais par la Volontaire en ligne ONU Sylvie Dubord.