J’étais l’un des premiers volontaires de l’ONU

23 octobre 2017
Yoshikazu Ito
En 1970, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) cherchait des ingénieurs pour une mission volontaire au Yémen du Nord afin de construire des puits d’eau potable, suite à la guerre civile. A ce moment précis, le programme des volontaires des Nations Unies (VNU) n’était pas encore opérationnel, mais ses rouages commençaient à tourner. J’ai envoyé une candidature, inspiré par un livre que l’on m’avait donné un an plus tôt. Par chance et un concours de circonstances, j’ai eu l’opportunité incroyable de devenir l’un des premiers volontaires de l’ONU.
Yoshikazu Ito UNV Yemen 1972 2017
Mr. Yoshikazu Ito (Japon), l’un des premiers volontaires de l’ONU, a l’époque et aujourd’hui. En 1972 : Le technicien d’irrigation volontaire de l’ONU Yoshikazu Ito (Japon), expliquant à des fermiers Yéménites les bénéfices que leur apportera le projet qu’il élabore à Wadi Warazan, République Arabe du Yémen. (Archive OUN, 1972). En 2017 : Pendant un évènement de coopération internationale à Tokyo, Japon. (VNU, 2017)

Je travaillais pour le Bureau de l’Irrigation du Ministère de l’Agriculture et des Forêts au Japon (actuellement le Ministère de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche) lorsque l’on m’a invité à prendre la parole pour un colloque organisé par le Consulat des Etats-Unis de Fukuoka. Lors de cet évènement, le responsable principal m’a donné un livre intitulé La bonne Guerre : le combat planétaire de l’ONU contre la pauvreté, la maladie et l’ignorance. Cette rencontre fortuite, au cours de l’été 1969, a changé ma vie. Elle était le premier pas qui m’a amené à devenir l’un des tous premiers volontaires de l’ONU – une opportunité qui a ouvert la porte à un long voyage professionnel de plusieurs décennies.


Mon premier défi était d’expliquer à mon employeur les motivations de ma candidature à cette opportunité. A l’époque, « volontaire » n’était pas un mot bien compris au Japon. L’idée que je pouvais devenir volontaire pour le système onusien, encore moins.


Le bureau japonais du PNUD m’a soutenu pendant tout le processus et après l’annonce de la sélection, en 1971, j’ai été secondé dans le projet et temporairement libéré de mes responsabilités au Ministère. J’étais honoré d’avoir été sélectionné pour devenir volontaire de l’ONU.


J’ai commencé par m’envoler pour les Etats-Unis afin de suivre des cours de langue arabe et d’être formé. Nous étions sept à arriver d’Autriche, de Finlande, d’Italie, du Japon, de Norvège et de Suède. A la fin de l’année, nous fûmes rejoints par d’autre volontaires ONU venus d’Egypte, d’Iran et des Philippines. Deux d’entre nous étaient ingénieurs en irrigation, drainage et collecte ; les autres étaient spécialisés en agriculture et techniques de culture. Notre rôle au sein du PNUD était de contribuer à la reconstruction du pays en soutenant la productivité agricole.


Le Nord du Yémen émergeait alors tout juste de la guerre civile. Il y avait beaucoup d’incertitudes mais surtout un grand besoin de reconstruction. Le pays accueille également l’un des plus vieux barrages du monde, le barrage de Ma’rib, construit il y a 2700 ans. Cet édifice est comme une terre sainte pour les professionnels des secteurs de l’irrigation et du drainage. On comprend facilement pourquoi travailler sur ce projet pour l’ONU était un honneur pour lequel j’étais profondément motivé, à différents niveaux.


Ma mission de volontaire de l’ONU était de développer des sources d’eau pour la consommation et l’irrigation des zones désertiques. Le développement de sources d’eau, spécialement d’eau potable, était une problématique cruciale pour le développement de la région. J’ai mesuré la quantité d’eau d’infiltration en utilisant l’exploration électrique, collecté les données et creusé des puits. Au cours du processus d’ingénierie, j’ai également formé des représentants du gouvernement à mes techniques.


Dès qu’un puit a été développé avec succès, nous avons reçu beaucoup plus de requêtes, principalement des Sheikhs — les dirigeants des tribus et villages. Nous devions décliner ces demandes si la difficulté géographique était trop élevée, mais nous étions tous d’accord pour mettre en place autant de projets que possible. Les enjeux étaient simplement trop élevés pour refuser du travail supplémentaire. Après mon retour au Japon, mon gouvernement m’a réaffecté au Yémen du Nord à une occasion, cette fois grâce au Fond de Coopération Economique Internationale (OECF, actuellement Banque japonaise pour la Coopération Internationale – JBIC). Ce que je ne savais pas alors, c’est que mon travail venait de commencer.


En me remémorant ces années, je réalise que depuis cette mission de volontaire ONU avec le PNUD, je n’ai pas seulement rencontré de nombreuses personnes engagées, y compris des volontaires de l’ONU qui resteront toujours gravés dans ma mémoire, mais j’ai aussi travaillé avec elles sur quatre continents pour construire des infrastructures vitales et améliorer des vies. Cela, c’est la bonne guerre.


J’ai évoqué le fait que, par chance, une porte s’était ouverte 1969. Elle m’a fait voyager à travers l’Afrique, l’Asie, le Pacifique, l’Europe et l’Amérique Latine, en travaillant sur des projets de développement, d’abord avec le PNUD puis au travers d’organisations comme l’OECF, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Ministère des Affaires Etrangères du Japon et l’Agence japonaise de Coopération Internationale (JICA). Cette première expérience de volontaire de l’ONU au Yémen du Nord s’est montré très précieuse dans d’autres zones de conflits comme l’Afghanistan, l’Angola, la Bosnie et l’Erythrée. Elle m’a soutenu à chaque étape de la route.



Cet article a été traduit de l'anglais par la Volontaire en ligne de l'ONU Claire-Marine Selles.