Lutter contre la pauvreté à l’île Maurice grâce au développement communautaire

15 février 2018
Paul Mercier
Après avoir passé 33 années à travailler comme économiste et gestionnaire pour le gouvernement du Canada, Paul Mercier souhaitait faire autre chose. Depuis très longtemps, il travaillait bénévolement auprès d’ONG locales qui soutiennent les personnes souffrant de maladies mentales, ou accompagnait les enfants dans leurs activités de hockey et de football et s'impliquait au sein des comités de parents dans les écoles. C’est peu de temps après une expérience de volontariat international au Cameroun qu’il s’inscrit à la liste de candidats pour l’ensemble du programme des Volontaires de l'ONU (VNU). L’année suivante, Paul se lançait dans une grande aventure qui allait durer plusieurs années.
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Le Volontaire de l’ONU Paul Mercier (Canada), à gauche, lors du lancement d’une campagne de sensibilisation nationale visant à promouvoir le volontariat à l’île Maurice. (VNU, 2011)

« Après mon retour du Cameroun en 2009, j’ai accepté de me joindre à une mission du programme VNU à l’île Maurice. J’ai d’abord été affecté à la création d’un programme national de volontaires découlant d’une étude de faisabilité très intéressante. Malgré tout l’optimiste dégagé par cette étude, il était pratiquement impossible d’obtenir du financement. En concertation avec plus de 75 ONG, les secteurs public et privé ainsi que d’autres parties prenantes, je suis quand même allé de l’avant avec la mise en œuvre du programme. Malgré les nombreuses difficultés rencontrées tout au long du processus, notamment l’obtention du financement assurant le déploiement efficace du programme, j’ai toujours porté une attention particulière à la promotion du volontariat et du renforcement des capacités du personnel et des volontaires nationaux œuvrant pour les organismes non gouvernementaux. »

Les inégalités ont augmenté au cours des dix dernières années dans plusieurs pays. C'est notamment le cas à l’île Maurice. Les mécanismes classiques d’aide et de redistribution du revenu mis en place demeurent insuffisants pour atténuer substantiellement les inégalités ou la pauvreté. Le PNUD a exploré diverses solutions au niveau communautaire. Selon moi, le volontariat devait faire partie de cette approche.

« En 2012, alors que je servais comme Volontaire des Nations Unies, j’ai été invité à participer à l’élaboration du programme de pays 2013-2016 du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) pour l’île Maurice. Mes propositions ont mené à la création de plateformes de développement communautaire dans deux zones pilotes, chacune ciblant des noyaux de pauvreté. J’ai poursuivi mon travail en tant que volontaire des Nations Unies jusqu'à la fin du programme en 2016 et appliqué les apprentissages tirés des projets pilotes aux plateformes concernant le Plan Marshall contre la pauvreté mis en place par le gouvernement. Cette réalisation se perpétue grâce aux programmes de pays 2017-2020 du PNUD appuyant les initiatives prises par le gouvernement.

Dans le cadre du programme de pays du PNUD de 2013-2016, l'initiative communautaire “Intégration sociale et autonomisation” faisant appel aux contacts établis avec les organisations de la société civile pour explorer de nouveaux moyens pour lutter contre l'incidence persistante de la pauvreté et l'exclusion sociale vise ultimement l’autonomisation des communautés grâce à l’appui des institutions publiques et privées. La pauvreté à l’île Maurice revêt des caractéristiques spécifiques. Elle est historique, générationnelle, régionalisée et découle de l’exclusion sociale, alors que les organisations de la société civile mauricienne sont généralement perçues comme étant fragmentées, en œuvrant dans l’isolement avec peu de personnel et dans les limites de leurs contraintes financières.

Conformément au programme, un nombre restreint de fédérations locales ont été désignées comme pouvant se joindre aux groupements d’acteurs sociaux au niveau local. Cependant, en raison de contraintes financières et administratives, cet exercice s’est limité aux deux régions parmi les plus pauvres de l’île, soit Rivière Noire et Le Morne. Grâce à l’appui d’un petit nombre de partenaires nationaux, un organisme local a accepté de coopérer à la mise en œuvre d'un plan triennal visant l’autonomisation progressive de la gestion du projet.

Les premières étapes exigeaient des efforts considérables de mobilisation, d'instaurer la confiance pour acquérir l’autonomie, de favoriser le renforcement des capacités d’autogestion et d'inviter d’autres institutions à rejoindre la plateforme. L’organisation de plusieurs forums participatifs s’est avérée nécessaire : d'abord afin de définir les priorités et d’identifier les partenaires, ensuite pour cibler des solutions potentielles et enfin, afin de gérer et d'assurer le suivi du projet.

Mettre en place une communauté autogérée est un processus à long terme. Les efforts déployés sur trois ans demeurent une entreprise risquée et l’incitation constante auprès de partenaires en mode participatif est essentielle. Progressivement, le financement se stabilise. L’argent bien déployé attire plus d’argent, et aux petits investissements du PNUD se sont ajoutées les contributions des principaux partenaires provenant du secteur privé et d’organisations internationales favorisant la participation d’autres partenaires. Ce pouvoir d’influence a permis d’accroître le financement de divers projets locaux.

Travailler auprès des communautés, créer des réseaux et favoriser les investissements au niveau local, c’est ce que le développement doit être. Servir en tant que Volontaire des Nations Unies à l’île Maurice m’a permis de faire exactement cela. »


Cet article a été traduit de l’anglais par la Volontaire en ligne de l’ONU Sylvie Dubord.

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