Mes visites de lieux de détention et de privation de liberté en Haute-Guinée

10 décembre 2015
En m’engageant en tant que jeune Volontaire des Nations Unies pour le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, je ne savais pas trop à quoi m’attendre.
Omar Azzabi, Jeune Volontaire ONU Suisse préparant la visite de la prison civile de Kérouané en compagnie du moniteur des Droits de l'Homme Mohamed Cocorico Camara et du personnel de la prison (programme VNU, 2015)

Kankan, Haute-Guinée, Guinée Conakry : En m’engageant en tant que jeune Volontaire des Nations Unies pour le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, je ne savais pas trop à quoi m’attendre.

"Des bancs de l’université, en passant par les conférences et les livres à la vraie pratique des droits de l’homme sur le terrain". Tels sont les mots qui me viennent à l’esprit quand j’essaye de résumer ces trois semaines de mission de surveillance des droits de l’homme en Guinée.

Etant basé au Bureau Régional pour l’Afrique de l’Ouest (BRAO) du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) à Dakar, jamais je ne pensais un jour pouvoir me retrouver à effectuer des visites inopinées de lieux de détention et de privation de liberté dans une région aussi retirée que la Haute-Guinée (qui représente 40% du territoire guinéen). En effet, sur besoin du bureau national du HCDH en Guinée, il m’a été confié la mission d’effectuer pendant 3 semaines des visites de prisons civiles, de gendarmeries et de commissariats de la région de Haute-Guinée.

En effet, la Guinée, depuis la fin du régime militaire en 2010, travaille à réinstaurer des institutions judiciaires et pénitentiaires répondant à ses engagements internationaux comme la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qu’elle a ratifiée le 10 octobre 1989.

Même si le pays est sur la bonne voie, le Comité contre la Torture (chargé de surveiller l’application de la Convention dans les pays qui l’ont ratifié) avait émis des recommandations à suivre dans les observations finales émanant du dernier examen de la Guinée en juin 2014. Le Bureau National du HCDH à Conakry et son antenne à N’zérokoré sont chargés de surveiller la situation et la conformité des politiques menées avec les recommandations dudit Comité.

C’est dans le cadre de ce mandat que j’ai pu entreprendre des visites inopinées dans les lieux de détention et de privation de liberté à Kankan, Siguiri, Mandiana, Kérouané, Dinguiraye et Dabola.

Accompagné d’une des deux seules « drivers » femme du système des Nations Unies en Guinée, Mlle Youla Kadiatou, j’ai pu visiter plus de 12 gendarmeries, commissariats et prisons civiles, parcourant plus de 1600 km en 3 semaines. Rappelant aux forces de sécurité et de police les obligations incombant à la Guinée en matière de droit des prisonniers, nous avons rencontré plus de 70 prévenus/détenus que nous avons interrogés sur leurs conditions sanitaires et hygiéniques, sur leurs conditions médicales et d’alimentation et bien évidemment sur leurs conditions de traitement par les forces de sécurité et les forces de l’ordre depuis leur arrestation, en passant par leur garde à vue jusqu’à l’exécution de leurs peines pour celles et ceux qui ont été condamnés.

En espérant voir un jour peut-être la Guinée mettre en place un mécanisme de prévention grâce à un système national de surveillance de tous les lieux de détention, j’espère pouvoir continuer à pratiquer les droits de l’homme sur le terrain, il n’y rien de plus parlant comme volontariat.