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Selim Jahan, auteur principal du Rapport sur le développement humain 2016 (programme VNU 2017)

Le rôle des volontaires dans le programme de développement humain — entretien avec Selim Jahan, auteur principal du Rapport sur le développement humain

Le professeur Selim Jahan était à Bonn, en Allemagne, pour présenter aux organisations de l'ONU basées à Bonn, le dernier Rapport sur le développement humain: "Le développement humain pour tous". Faisant état du développement humain, du volontariat et du rôle des Volontaires ONU comme catalyseurs du changement dans un monde où la carence et l'inégalité persistent.

Quelles sont, selon vous, les valeurs intrinsèques que le volontariat peut apporter au programme de développement humain ?

Tout d’abord, le volontariat contribue sans nul doute au programme de développement humain. Les volontaires travaillent dans des domaines tels que l’éducation la santé, l’eau et les installations sanitaires, améliorant ainsi les conditions de vie et, en un mot, apportant aux populations des soutiens de toutes sortes. Partout, le volontariat vient renforcer le développement humain.

Ensuite, le volontariat prend une valeur particulière dans le contexte des conflits et des catastrophes. Par exemple, les Volontaires ONU, sur le terrain comme en ligne, ont fait un travail formidable après le tremblement de terre au Népal, en 2015. Les Volontaires ONU ont contribué à l’identification des zones les plus touchées par le tremblement de terre et des populations affectées, et ils ont permis de communiquer les besoins au reste du monde. À ce moment précis, lorsqu’une telle catastrophe humanitaire survient, ce sont exactement les informations et les données qui sont le plus nécessaires.

Enfin, ce qui est également important au sujet de ces Volontaires ONU, c’est que, comme ils travaillent sur le terrain, dans des dizaines de pays et avec un grand nombre d’organismes de l’ONU, ils peuvent apporter et reproduire leurs expériences dans de nouveaux contextes de façon importante et systématique. Il y a actuellement beaucoup de débats sur les expériences de développement ici et là, mais il est difficile d’opérer un transfert rapide de connaissances d’un endroit à l’autre. C’est justement ce que les Volontaires ONU sont bien placés pour faire.

L’emploi de Volontaires de l’ONU en ligne et, plus largement, des compétences individuelles en vue d’appuyer la paix et le développement au travers d’internet ouvre de nouvelles possibilités d’innovation sur le développement humain. Comment voyez-vous l’évolution de cette tendance ?

Je pense qu’actuellement, un grand nombre d’interactions humaines se passent sur internet, et cette tendance va s’accroître. Les réseaux sociaux et les technologies de l’information modifient les interactions en face à face du passé, et il n’est plus nécessaire d’être physiquement présent quelque part pour apporter de l’aide à une personne ou à une communauté. Par exemple dans le domaine de la santé, où la technologie permet d’apporter des conseils virtuels aux femmes enceintes, ou aux femmes ayant des enfants. La présence des médecins n’est plus nécessaire, puisque l’information envoyée sur internet avec un téléphone mobile peut suffire.

En outre, quand on parle de la diffusion et d’échange de connaissances, dans bien des cas, il est inutile d’envoyer les experts dans un autre pays ; on envoie des expériences, des études de cas par des moyens technologiques. Dans un futur proche, la plupart des interactions humaines pourraient s’appuyer sur la technologie numérique, ouvrant des possibilités de volontariat illimitées.

La mise en chantier de la prochaine publication importante du programme VNU a démarré il y a quelques semaines seulement. Le programme VNU, en partenariat avec d’autres organisations employant des volontaires, envoient 15 chercheurs volontaires sur le terrain pour recueillir des données sur la contribution du volontariat dans des communautés fragiles et des environnements post-conflits. Est-ce que vous y voyez un lien potentiel avec le prochain rapport sur le développement humain ?

Absolument. Nous nous appuyons sur des acteurs présents sur le terrain, en général à l’échelle d’un pays, pour nous apporter des exemples de programmes de soutien au développement humain. C’est ainsi que nous avons des exemples venant du programme VNU au cours des dernières années. Je suis absolument certain que nous en utiliserons certains dans cette recherche, et nous pouvons être complémentaires. Toute contribution d’un Volontaire de l’ONU travaillant sur le terrain est la bienvenue. Dans notre rapport, nous incluons toujours des mesures des perceptions individuelles, par exemple la sécurité humaine « telle que la perçoivent les femmes ». C’est peut-être quelque chose que peuvent faire les Volontaires ONU, recueillir les perceptions des populations concernant le volontariat sur le terrain. Pour revenir à la question précédente, cela pourrait être fait à la fois par des volontaires sur le terrain et la mise en œuvre de technologies modernes et du big data.

Selon le Rapport sur le développement humain 2016, le Turkménistan, la Birmanie et l’Indonésie sont les pays où la part de volontaires est la plus importante. Ils se trouvent tous en Asie et ce sont des pays à développement moyen. Avez-vous une théorie pour l’expliquer ?

Dans bien des sociétés, le volontariat reste invisible. Dans les zones rurales, les femmes aident d’autres femmes tous les jours. S’occuper des enfants des autres ou de membres de sa famille, aller chercher de l’eau ou donner des conseils sur l’éducation des enfants, la santé, les finances, tout cela est accompli par des femmes, souvent volontaires, dans les communautés rurales à travers le monde. Nous ne remarquons pas ces volontaires à l’échelle de la communauté parce qu’ils ne font pas partie de programmes de volontariat officiels, mais les gens appartenant à des sociétés pauvres sont très résilients et ils comptent sur l’aide collective qu’ils peuvent obtenir les uns des autres pour survivre.

Je pense que les trois pays qui se trouvent en haut de l’index du volontariat partagent certaines de ces caractéristiques et si nous voulons faire de la théorie, je dirais que plus une économie est monétisée, moins elle a de volontaires tandis que les économies plus informelles en auront avantage. Fondamentalement, cela est dû au fait que dans certaines sociétés, les gens ont besoin du soutien des autres pour obtenir des produits de base qu’ils ne peuvent se procurer sur le marché.

Le problème, c’est qu’une grande partie du travail effectué par ce type de volontaires demeure ignoré, parce que personne ne le remarque. Cela se rapporte à la précédente question, quand nous avons parlé de la recherche sur le volontariat pour le développement humain à l’échelle de la communauté, recherche qui, incontestablement, vaut la peine d’être poursuivie.


Vous pouvez télécharger le Rapport sur le développement humain 2016, en français, anglais ou espagnol

Selim Jahan est le directeur du Bureau dur Rapport sur le développement humain. Citoyen du Banladesh, il est Docteur en Economie de l'université McGill de Montréal, Canada.

> Cet article a été traduit de l'anglais par la Volontaire en ligne de l'ONU Karine Laguerre